J&p., VII
lemenl en venir à composer des discours pour être lus. Une manière nouvelle se forma de la sorte. La plupart des œuvres de Pline en durent être de brillants modèles : le Panégyrique en fut le chef-d'œuvre.
Les connaisseurs ne s'y trompèrent point. Le consulaire ne leur avait pas envoyé de billets de cérémonie selon les formules ordinaires ; il leur avait seulement fait savoir que tel jour son ouvrage serait lu, et qu'ils seraient les bienvenus s'ils n'avaient rien de mieux à faire que de l'entendre. Ils arrivèrent en grand nombre, par un temps affreux *. Au bout de deux journées, la lecture n'était point achevée encore. Pline voulut être discret, fit mine de s'arrêter là. Mais on exigea la fin. Il dut céder et promettre pour le lendemain une troisième séance : il s'y résigna d'assez bonne grâce, j'imagine. Les lettres de l'auteur nous fournissent complaisamment ces petits détails... Nous n'aurions pas aujourd'hui l'âme assez romaine pour aller, à travers une pluie battante, écouter trois jours de suite le Panégyrique de Trajan.
Pline fut fier de son succès : il en avait le droit. Ce n'était certes pas un petit mérite que d'avoir si bien réussi dans un sujet qui prêtait si peu. On avait beaucoup loué depuis un sièclct Les formules d'éloges paraissaient singulièrement usées. Tout était dit et redit. Pline insiste quelque part* avec une certaine coquetterie sur ces difficultés qui n'en sont pas pour lui. Au fond, rien ne .pouvait lui plaire davantage que celte occasion unique de montrer toutes les ressources de son esprit. Dans les littératures de décadence, on met très haut les développements de pure forme où la matière n'est qu'un prétexte. On aime le procédé pour le procédé; on croit volontiers que travailler ainsi dans le vide est le triomphe de l'art. C'est du moins le triomphe de Tartiste, et Pline le sait.