‹ OEuvres posthumes: essais et poèsiesChapitre 140 sur 165 · Èp., III · texte numérisé non relu

Èp., III

Nous avons de lui une lettre curieuse où il se fait pour ainsi dire le « cicérone > de son œuvre. Il nous en montre la valeur ; il nous indique ce qu'il convient d'admirer surtout, ce qui mérite les < ah! >, ce qui doit'plaire aux connaisseurs. Nous devons < prendre garde au plan, aux transitions, aux figures... Car enfin les plus grossiers peuvent quelquefois inventer heureusement et s'exprimer avec magnificence. Mais ordonner avec art, répandre une agréable variété, placer à propos les figures, voilà qui n'appartient qu'aux délicats * ». Nous voilà Lien avertis. Ce n'est pas le premier venu qui parle, un rustre bien doué, un barbare à qui le hasard aurait donné une imagination forte et une parole entraînante : c'est un habile homme, qui a étudié sous les meilleurs maîtres, et qui prétend bien nous en donner la preuve.

Le plan du discours est heureux. Quintilien avait enseigné deux manières de disposer l'éloge oratoire : l'une qui s'attache à Tordre des temps, l'autre qui examine tour à tour les différentes qualités du héros. < Tantôt il vaudra mieux suivre la progression de l'âge et la succession des faits... Tantôt on prendra pour divisions un certain nombre de vertus, et on assignera à chacune d'elles ce qui a été fait sous son inspiration*^. > Pline a su mêler ces deux méthodes et tirer profit des avantages que chacune lui présentait. Il raconte l'adoption de Trajan et vante son respect pour Nerva. Il montre le futur empereur en face des ennemis de Rome, et loue ses vertus militaires, son courage, sa prudence, sa fermeté à maintenir la discipline. Puis il met sous nos yeux le tableau de son entrée dans la ville, et décrit la joie du peuple qui se presse sur son passage. Enfin, il nous fait admirer les qualités dont Trajan a eu surtout à faire preuve depuis son retour, la libéralité, la justice, l'affabilité, les vertus domestiques.

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