‹ OEuvres posthumes: essais et poèsiesChapitre 148 sur 165 · Pan.y · texte numérisé non relu

Pan.y

vraiment personnelle. Il veut en avoir une cependant. Il ne se résigne pas à dire tout bonnement su pensée. Il prétend régaler les oreilles délicates. Aussi se fait-il un style, comme un peintre se fait une palette. Un jour qu'il envoie à quelqu'un de ses amis un ouvrage qu'il vient d'achever, il lui apprend qu'il n'a jamais rien écrit de cette manière. En effet, il a mêlé du Démosthène avec du Calvus, et, sur le tout, il a exprimé quelques-unes des c boîtes à parfums », de Cicéron *. Pline sait varier les combinaisons, et pourtant, quelle que soit la recelte employée, le résultat sera nécessairement un peu factice. C'est à lui seul une œuvre d'art, que ce style d'ordre composite. Mais l'aisance y fait défaut. Lorsqu'un Pline veut ressembler à un Cicéron, il reste toujours un peu apprêté, un peu lourd, et les < esse videantur » ne lui font pas retrouver la bonne grâce de son modèle. On sent qu'il se guindé et qu'il traduit pour ainsi dire sa pensée dans un idiome étranger. Le latin qu'écrivent les lettrés au siècle de Trajan n'est plus celui qu'on parle autour d'eux; c'est presque une langue morte, ou plutôt c'est une langue qui n'a jamais vécu. Pour savoir la manier, il faut avoir fait ses études; elle ne vient pas du peuple et n'est pas faite pour lui; elle demeure aristocratique.

Nous avons maintenant quelque peine à en comprendre les mérites. Cependant, une fois le genre admis, on trouverait dans le Panégyrique de quoi plaire aux délicats de tous les temps. Pline a bien de l'esprit. Il cherche l'expression ingénieuse, c'est vrai; mais, enfin, il la trouve souvent. Si l'on veut faire ce qu'ont fait les contemporains de l'auteur, songer d'abord au détail, et recueillir les jolis traits au passage, peut-être se sentira-t-on moins sévère. Après tout, le Panégyrique a été composé pour être jugé ainsi. Il faut oublier le but, s'arrêter aux fleurs du chemin. N'y a-t-il pas

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