‹ OEuvres posthumes: essais et poèsiesChapitre 152 sur 165 · Pan · texte numérisé non relu

Pan

de rhyperbole. L'exorde. avait promis de < ne point parler du prince comme d'une divinité ' >. Le discours ne tiendra guère parole. Trajan sera tout à l'heure comparé à Jupiter, c C'est ainsi que le père du monde en règle l'économie d'un signe de tête. » Même, le dieu n'a désormais plus rien à faire pour maintenir Tordre ici-bas. < Libre et dispensé d'une telle sollicitude, il ne s'occupe que du ciel, depuis qu'il a chargé Trajan de le représenter auprès du genre humain '. » Tout le monde a lu dans Mme de Sévigné la jolie histoire de ces minimes qui, voulant faire un beau compliment à Louis XIV, < le comparent à Dieu, mais d'une manière où Ton voit clairement que Dieu n'est que la copie ». — «Trop est trop, ajoute Mme de Sévigné ; je n'eusse jamais soupçonné des minimes d'en venir à cette extrémité » Mais peut-être que les bons pères avaient lu dans h Panégyrique : < L'Étal juge que rien ne peut plus s'ajouter à son bonheur, si ce n'est (jue les dieux prennent exemple sur César *. »

Pline a écrit dans une lettre : c Je me suis abstenu non seulement de l'adulation, mais des apparences mêmes de l'adulation *, » Voilà une déclaration qui peut étonner d'abord, si l'on apprend qu'il s'agit du Panégyrique» Elle revient pourtant à plusieurs reprises et sous plusieurs formes dans le discours. « Loin de nous les expressions arrachées à la crainte. Ne disons rien comme autrefois, les maux d'autrefois ne pèsent plus sur nous ^. » Â un certain moment, on croirait que l'orateur est pris de scrupules sur ce point. Il a peur que, malgré tout, ses éloges n'aient l'air de flatteries; il veut bien prouver à ses auditeurs et à lui-même que son langage est sincère, et qu'il pense ce qu'il dit. c Vous savez à quoi force la

Page 1