Pan.y
l'ouvrage. Outre que Pline y met souvent une chaleur et une émotion véritables, on est tout heureux aussi, au milieu de ces interminables éloges, d'entendre enfin dire du mal de quelqu'un. On souhaitait un peu d'indignation mêlé à tant d'enthousiasme, comme Lebrun souhaitait « un petit loup » dans les idylles de Florian, « pour réveiller la bergerie ». Le portrait de Domitien vient à point nous reposer du long détail des perfections que le ciel a données à Trajan. Il y a de l'emphase dans ce morceau célèbre. Il plaît cependant, surtout quand on le lit à sa place, après quarante-sept chapitres de Panégyrique, C'est qu'on y sent une horreur vraie pour ce « monstre sauvage », vivant dans une tanière « d'où il s'élance pour massacrer les plus illustres citoyens... ne sortant de sa solitude que pour faire autour de lui une solitude nouvelle* ». Plus que personne, Pline a gémi de l'oppression que fit peser sur Rome la folie sombre du « Néron chauve ». Il a vu ses meilleurs amis exilés ou mis à mort, et lui-même n'a échappé que par miracle au sort d'Helvidius. Il dut respirer avec joie, le jour où l'on étouffa la bête. « Entre les murailles où le tyran croyait sa vie assurée, s'étaient enfermés avec lui la trahison, les embûches et le dieu vengeur des crimes. Le châtiment a écarté les gardes... il a pénétré comme si l'entrée eût été ouverte, comme si ce seuil l'avait invité '. » Avec Domitien tomba la puissance terrible des délateurs, « ce mal domestique » qui « détruisait la République au nom des lois » . Trajan prit à leur égard des mesures d'une rigueur exceptionnelle. Il les exila en masse dans une île aride, après les avoir fait exposer dans le cirque. C'était là une justice cruelle et qui ressemblait presque à de la vengeance. Mais le peuple la réclamait : Rome y applaudit tout entière, et nous sentons encore dans le Pané-