‹ OEuvres posthumes: essais et poèsiesChapitre 155 sur 165 · Pan · texte numérisé non relu

Pan

gyrique comme un frémissement de cette joie universelle : « Qu'ils partent ! qu'ils fuient ces terres désolées par leurs calomnies ! et, si les flots et les orages laissent arriver quelqu'un jusqu'aux rochers de l'exil, qu'ils habitent d'affreuses solitudes, qu'ils y traînent une vie dure et tourmentée de soucis, qu'ils pleurent le genre humain tranquille derrière eux ^ ! )> Ici la voix de Pline a pris tout à coup une âpretë singulière. Il se complaît, il se délecte aux souffrances de ces misérables. Il trouve des mots d'accent qui étonnent dans sa bouche . « Quel plaisir de regarder leurs vaisseaux dispersés à la sortie du port! » — « Nous reconnaissions leurs visages et nous jouissions : agnoscehamus et fruebamur, » On songe au récit de la fameuse séance des bâtards, et Pline nous rappelle Saint-Simon, celui des hommes qui lui a le moins ressemblé. C'est qu'alors l'élève de Quintilien est comme l'écho de la conscience publique; c'est qu'il nous parie au nom de tous les honnêtes gens de son siècle. Une œuvre d'art n'est point méprisable, quand elle arrive, ne fût-ce que par moments, à exprimer ainsi les sentiments et les passions du temps où elle a pris naissance. Si elle n'atteint pas ce haut degré de perfection qui s'impose à l'admiration des siècles les plus divers, si elle ne s'élève point à ces beautés supérieures qui restent les mêmes aux yeux de tous les hommes, elle garde cependant un singulier attrait quand elle ressuscite pour nous quelque chose d*un siècle écoulé, quand elle nous fait pénétrer dans l'esprit de l'auteur, et par là dans l'esprit même de l'époque. Le Panégyrique ne peut que gagner à ce qu'on le juge de cette manière. Dès qu'on y cherche moins un modèle d'éloquence qu'un admirable document historique, l'œuvre morte se ranime et prend une vie nouvelle.

Les éloges même que Pline a prodigués nous en appren-

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