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nent plus long que lui-même ne s'en doute sur l'état des âmes après un siècle d'empire. Il a des admirations qui paraissent singulières, des étonnements qui nous étonnent. « La postérité le pourra-t-elle croire? » — Quoi donc? — « Qu'un fils de patricien, de consulaire et de triomphateur, à la têle d'une armée courageuse et dévouée à sa personne, ait été fait empereur autrement que par cette armée * ? » L'éloge est triste et presque maladroit. Pline, en somme, félicite Trajan de ne s'être point révolté contre le vieux Nerva. On voit combien semblaient déjà naturels ces empiétements de l'armée dans le gouvernement, ces violentes interventions militaires qui plus tard devinrent presque la règle commune. C'est ainsi que l'orateur ne loue pas seulement Trajan de s'être montré juste, comme on peut louer un homme d'avoir fait son devoir : il l'en remercie, il voit là un mérite extraordinaire ; il vante le bien qu'a fait Trajan, il vante aussi le mal qu'il n'a pas fait. « Le fisc achète tout ce qu'il parait acheter!... Il y a enfin^ des choses que César ne regarde pas comme ses propriétés, et l'empire est plus grand que le domaine personnel de l'empereur * ! » Ce Romain est tout heureux en songeant que maintenant Rome « accepte des otages au lieu d'en acheter ' ; que le Gapitole ne reçoit plus ces chars de comédie *, » ces simulacres imposteurs de victoires auxquels on l'avait accoutumé, et que le temps des faux triomphes est passé désormais. Voilà qui est significatif. Ce qui ne l'est pas moins, c'est l'aisance parfaite avec laquelle Pline décrit en présence et au nom môme du sénat l'état d'abaissement et d'humiliation où le seul grand corps politique qui subsistât encore s'était trouvé réduit sous les derniers empereurs. « Qui eût osé parler, qui eût osé ouvrir la bouche, excepté