‹ OEuvres posthumes: essais et poèsiesChapitre 157 sur 165 · Pan., i · texte numérisé non relu

Pan., i

les malheureux qu'on interrogeait les premiers? Les autres, interdits^ frappés de stupeur, subissaient la nécessité d*un immobile et muet assentiment. Un seul ouvrait un avis que tous suivaient et que tous désapprouvaient, à commencer par celui qui venait de Touvrir *. » Pline se dit apparemment que tout cela est bien changé ; il est dupe, ou veut l'élre, de Tapparente autorité que Trajan vient de rendre au sénat, comme si cette autorité pouvait trouver un fondement assuré dans le bon plaisir de Tempereur. « Tu nous ordonnes d*ôtre libres, dît-il : nous le serons *. » Mais ceux-là peuvent-ils être libres à qui Ton peut ordonner de Têtre? Le panégyriste luimême ne se fait pas toujours illusion à ce sujet. Il a des moments de franchise involontaire où il laisse échapper d'étranges aveux. « Nous sommes flexibles sous la main du prince, et nous le suivons partout où il nous mène : flexibiles quamcunque in partent ducimur a principe, atque, ut ita dicam sequaces sumus^, » L'élégance de l'expression fait ici un étrange contraste avec Tamertume de la pensée. Il est impossible d'avoir plus d'esprit pour dire une chose plus triste.

Toutefois cette résignation même a sa grandeur qu'il ne faudrait pas méconnaître. Pline est patient, parce qu'il a confiance dans la vertu puissante des institutions de son pays. Le vice essentiel du principat, la réunion de tous les pouvoirs entre les mains d'un seul homme, n'a jamais frappé son esprit. Il reste convaincu que si Domitien a tout ravagé sur son passage, « c'est là le chemin de Domitien, et non pas de l'empereur * ». Le principat, depuis un siècle, a pris déjà la majesté des choses anciennes : d'ailleurs, il n'a jamais rompu avec le passé, il le prolonge sous une forme un peu

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