XXIV NOTICE BIOGRAPHIQUE
et, peu de temps après, fut nommé à la chaire de rhétorique du lycée de Bourg. Il convenait un peu plus tard que son premier mouvement avait été de se désoler; le second, au contraire, fut de se trouver tout heureux de sa vie nouvelle. Après s'être vengé par quelques triolets, il écrivit en fin de compte : i Cest une chose charmante d'être professeur et Bres^ c san. Tai une installation qui me plait et dix-huit élèves qui fl m*adorent, > 11 ne lui en fallait pas davantage pour être heureux.
Ces fonctions qui devaient être si courtes lui permirent de donner toute sa mesure. Il était né pour renseignement. Dès rÉcoIe normale, il 8*en faisait une haute idée, ne cherchant pas à s'aveugler sur les responsabilités qu'il impose. Gardonsnous de croire que renseignement ne soit qu*un échange de services, qu'il ne saurait y avoir rien de commun, que le succès à obtenir, entre celui qui le donne et celui qui le reçoit. Cet égoTsme glacial rend le maître et rélève indifférents l'un à l'autre et crée entre eux comme un abîme. Des deux côtés, on ne voit plus dans le travail qu'une tâche ingrate dont il faut se délivrer à tout prix ; on commence par sMgnorer et on finit par s'en vouloir. Pour Grousset, le professorat ne fut jamais un métier. Ce qui l'y entraîna, ce fut le sentiment de rindépendance très grande qu*on y trouve, mais aussi la conviction quMl sert à faire un peu de bien. Il chercha dans l'Université moins une position qu'une Influence et la plus noble que Phomme puisse rêver, celle qui agit sur les caractères, les transforme et les élève. Tel il était à TÉcole, tel il fut dans sa chaire de rhétorique, simple, affectueux, excellent. Du jour où des élèves lui furent confiés, leur vie fut mêlée à la sienne et il entra profondément dans ces âmes de seize ans comme pour y laisser quelque chose de son esprit et de son cœur. Il n*én négligeait aucun, causant avec tous à cœur ouvert, provoquant leurs confidences et y répondant en ami. Il dirigeait en instruisant. Jamais un mot blessant ou dur ne sortit de ses lèvres. Nul ne fut plus que ce chrétien convaincu, libéral envers les croyances et respectueux des convictions. Il consigna â la porte de la classe les controverses contemporaines et il réclama