XXVI NOTICE BIOGRAPHIQUE
Heureux ceux qui entrent en croyants sur cette terre privilégiée! Ne semble-t-il pas quMl faille la comprendre pourPaimer et lui appartenir pour la comprendre? Cette brillante Italie est pour nous une étrangère... Peuples du nord, nous sommes bien les flls de la Réforme, inquiets, tourmentés comme elle, et comme elle toujours en marche. Le sentiment de nos misères, nos aspirations vers un monde meilleur où sera réalisé notre idéal de vérité et de justice, nous ont rendus ingrats envers la vie réelle. Nous ne croyons plus à sa bonté. Quelques efforts que nous fassions pour être gais, il y a toujours dans notre rire une ironie ou une souffrance. Nous avons au cœur les rides des illusions passées et nous ne pouvons plus être naïvement heureux. Mais cette mélancolie ne sera jamais un mal ultramontain. Dans notre Europe assombrie, Tltalie est encore comme un rayon de soleil. Nulle part la gaieté ne se sent plus à Taise, parce que nulle part le charme d*être n^est plus profondément senti. Ce peuple, notre aîné, est resté jeune; on dirait ^que sa conception de la vie porte un reflet de son climat tranquille et pur. L'harmonie, Téquilibre parfait des facultés, le sentiment que tout est bon dans la nature comme dans rhomme, voilà bien son idéal. Rien de tragique, de sombre dans ses idées, dans sa croyance. Ce monde est pour lui une fête perpétuelle dont il prend largement sa part.
L'Italie a le don du bonheur, et on pourrait dire, en modifiant un mot de Stendhal, que le bonheur fut son grand artiste. Regardez ces personnages de Raphaël ou de Véronèse,... ils n*ont pas sur leurs fronts la trace de nos doutes. Un Rossini n'éprouvera jamais ces sublimes tristesses d'un Beethoven ou d*un Chopin. Ces créations qui expriment avant . tout la pleine possession, la jouissance égoïste de la vie, cette croyance facile qui ouvre Pâme tout entière et la laisse librement s'épanouir, cette adoration du beau qui fait de la religion un art et de l'art une religion, tout cela est le produit naturel d'une terre heureuse. Son génie n*a pas souffert de nos luttes et il a trouvé dans la délicate volupté du beau ce calme infini que nous ne connaissons plus.
11 en est un peu des peuples comme des individus; nous