‹ OEuvres posthumes: essais et poèsiesChapitre 19 sur 165 · NOTICE BIOGRAPHIQUE XXVII · texte numérisé non relu

NOTICE BIOGRAPHIQUE XXVII

n'aimons que ceux qui nous ressemblent. Or Grousset apportait en ItaHe un sentiment trop grand des devoirs de la vie morale, une croyance trop profonde et trop austère pour y être complètement heureux. Il y vécut deux ans, sans enthousiasme, y passant comme dans un musée, où, devant les chefs-d'œuvre que Ton admire, on se sent toujours un étranger. Il y porta ses habitudes d'homme du Nord accoutumé à la rêverie ou à la prière silencieuse sous l'ogive de sa cathédrale. Aussi ses lettres d'Italie sont un peu tristes, et il ne se plaint pas toujours pour être plaint. Il y eut des heures nombreuses où il souffrit de son isolement. Rome même fut la ville d'Italie qu'il aima le moins. 11 n'y trouvait pas ce coloris étrange de Venise, ces séductions artistiques de Florence, ni cette gaieté napo« litaine qui s'échappe en notes sonores et anime de son orchestre brillant le décor merveilleux qui Tencadre. Il avouait préférer Notre-Dame à Saint-Pierre et ne pas s'émouvoir des ruines du Golisée ou du Forum; en revanche, à la bibliothèque du palais Farnèse, un soir de mai, il suivra les zigzags d'un rayon de soleil courant sur les vieux livres.

Aussi s'échappait-il quelquefois. En décembre 1882, c*est à Piaples qu'il va passer les fêtes de Noël. Il y retournera un peu plus tard, en juin 1883 et en juillet 1884. Souvent il passe son temps à courir la campagne romaine. 11 s'y promène en érudit, cherchant des inscriptions, des fragments de sarcophages, mais aussi en touriste. C'est ainsi qu'il visite Tusculum, Némi, Monte-Gavo, les monts boisés de la Sabine. G'est une fête pour lui que d'aller à Ostie et jusqu'à la mer. A Rome même, sa vie est monotone. Il reste chez lui, étendu, dit-il, dans son fauteuil, et rêvant, les yeux à demi fermés, à ses poésies ou à ses travaux. Une des distractions qu'il se permit fut celle de la musique. 11 allait en entendre dans les concerts ou dans les églises; les offices de la semaine sainte le réconcilièrent presque avec la ville éternelle, c Tout Rome f est dans les églises j écrivait-il, et naturellement je vais là où f la musique est la meilleure. Hier et avant-hier, j'ai entendu f des Miserere admirables qui m'ont ému. Il y en a ce soir^ je f n'y manquerai pas. » Une autre fois, il apprend qu'on joue

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