NOTICE LITTÉRAIRE XXXIX
En étudiant Pline le Jeune, il va avoir à observer un cas fort curieux. C'est déjà un spectacle original que celui de ce vaniteux et de cet égoïste, qui désarme la critique par sa naïveté et se fait pardonner ses défauts par le peu de soin quMI prend de les dissimuler. Mais voici le point important. Honnête homme dans une société corrompue, on ne voit pas que Pline se soit trouvé mal à Taise parmi ses concitoyens. H a traversé une époque profondément agitée, sans que rien prouve qu'il ait souffert en présence des scandales et des crimes dont il « été le témoin : s'il fait mine de protester» l'indignation chez lui a tout Tair d'un mouvement de rliétorique ; on dirait qu'il n'a rien vu» rien su. Homme politique, et devenu Tun des grands fonctionnaires de I*empire, il n*est encore qu*un écrivain. Cest un exemple de ce que peut produire la culture littéraire lorsqu'elle est poussée à l'excès. Enfermé dans ses préoccupations d'artiste» accoutumé à ne voir dans les événements que l'occasion d'un mot spirituel ou d'un biHet bien tourné» Pline est devenu peu à peu insensible à tout ce qui n'est pas l'émotion littéraire, la pins vaine entre toutes, quand elle n'est que le chatouillement causé par la chute d'une période bien cadencée. La littérature ainsi comprise est un merveilleux préservatif contre les douleurs de la vie et contre les tristesses du temps. Mais c'est aussi un genre de littérature inférieur. Pline, en se réduisant à n*ètre qu'un artiste» a été un artiste médiocre : c'est le plus satisfait des beaux esprits, et le moins intéressant des hommes.
Enfin le travail sur les Libertins nous offre encore une étude de psychologie, mais où le critique prend pour objet» au lieu des idées d'un homme, celles d'une société. On remarquera surtout ce travail : c'est celui que Grousset avait l'intention dé reprendre pour le développer à loisir dans sa thèse de doctorat. II s'agissait pour lui d^écrire un chapitre de notre histoire littéraire et morale» qui a pu être esquissé en partie» mais qui n*a jamais été traité en entier. Si le temps a manqué à Grousset pour pousser la question jusqu'au fond, il aura eu du moins le mérite de la poser et d'en indiquer d'une façon générale la solution : Quelle part le xvii* siècle a-t-il dans le mouvement qui