XL NOTICE LITTÉRAIRE
emporte les so6iétés modernes vers rincrédulité? A-t-il retardé ce mouvement, comme il semble au premier abord; y a-t-il contribué? — Entre le xvi'^ siècle, époque de discussion et de confusion, et lé xviii*', qui nie audacieusement tous les principes que rage précédent avait admis, le siècle de Richelieu et de Louis XIV, de Bossuet et de Boileau semble isolé. Mais dans riilstoire des idées il n'y a pas d'interruptions, il n'y a qu'une transformation continue. Le xvii*' siècle ne marque pas un arrêt dans le progrès du doute, mais une forme nécessaire de CQ progrès. Sans doute le dogmatisme restera le courant principal : c'est lui qui donnera à l'époque son caractère, lui qui portera les grands esprit?. Mais en même temps le scepticisme poursuivra son œuvre : il aura des adhérents chaque jour plus nombreux, il se fera sa place dans tous les ordres de l'activité intellectuelle, sMnsinuera partout, minera tous les principes, et préparera Tefrondrement final. Tout humble et dissimulé qu'il soit, il est néanmoins le plus fort : car il est un commencement. — L'histoire des idées au xvii® siècle nous apparaîtra ainsi comme un dernier et superbe effort de la pensée dogmatique, contre laquelle le scepticisme prépare, sans bruit mais sûrement, la victoire de demain.
Ces représentants du scepticisme sont ceux qu'on appelle alors les c libertins b. Le mot est loin d'avoir le sens étroit qu'il a pris aujourd'hui ; au contraire, il a un sens très large, voire très vague : il dés^igne certaines habitudes intellectuelles aussi bien que certaines, mœurs. C'est un terme qui n'est pas défini et qui ne pouvait pas l'être. En effet, l'histoire du libertinage n'est que l'histoire de l'esprit d'indépendance. L'autorité au xvif siècle touche à toutes choses : le libertinage est la révolte contre toutes les formes de l'autorité. En religion, les libertins contestent l'autorité du dogme; en philosophie, ils contesteront l'autorité de Descartes au même titre que celle d'Aristote; en littérature, ils se déroberont à la discipline de la raison formulée par Malherbe avant de l'être par Boileau ; en morale, ils mépriseront toutes les règles et feront état de les mépriser, car ijs sont moins vicieux encore quMls ne sont fanfarons de vice. Aussi profiteront-ils de