NOTICE LITTÉRAIRE XLI
toutes les défaillances de Tautorité. Chaque fois que celle-ci se relâchera, on assistera à un débordement de libertinage. Le règne de Henri IV favorise les premiers progrès du doute : redit de Nantes vient de proclamer la liberté de conscience, le roi est tolérant, la cour est licencieuse. Mais la régence surtout est répoque bénie des libertins : la reine est si bonne! et ses ministres sont si faibles i On profite des troubles politiques et des intrigues de cour. C'est le temps des déclarations effrayées du Pt Mersenne, le temps où Garasse, dans sa Doctrine curieuse^ traite les libertins comme un parti formé et avec lequel il faut compter. La toute-puissance de Richelieu contient le libertinage; mais celui-ci fera de nouveau explosion sous la Fronde. C*est le moment de toutes les audaces : les grands seigneurs donnent Texemple. Lors de Tavènement du pouvoir personnel de Lpuis XIV, le libertinagotva être réduit à se cacher ; mais, pour être silencieux, il n*en subsistera pas moins ; et tout observateur un peu pénétrant constatera sa marche en avant. < Le nombre des libertins va croissant tous les jours, b s*écrie Bossuet dans Toraison funèbre d*Anne de Gonzague. < Un bruit sourd d'impiété vient frapper nos oi*eilles, • dira de même Fénelon en 1685 ^ Kt La Bruyère s*est cru obligé de faire un chapitre spécial sur les « esprits forts i. AOn de se mieux dérober, le libertinage prend les dehors de la dévotion et se fait hypocrite. Cette dernière transformation est la plus sûre preuve des progrès quMl a accomplis dans les âmes : car Thypocrisie suppose la ruine absolue de toutes les croyances. « Il y a deux espèces de libertins, écrit La Bruyère, les libertins, ceux du moins qui croient l'être, et les hypocrites ou faux dévots, c'est-â-dire ceux qui ne veulent pas être crus libertff?s. Les derniers dans ce genre-là sont les meilleurs ^. » Ce sont eux qui, au lendemain de la mort de Louis XIV, seront les impies : on en sait le nombre. — C'est ainsi qu'au xvii* siècle le libertinage, tout en continuant sa marche progressive, s'eiTace ou s'étale suivant que le pouvoir s'affermit ou se