XLII NOTICE LITTÉRAIRE
relâche. Ce sont deux ennemis qui s'observent dans une lutte qui a ses alternatives.
C'est en considérant toujours le libertinage comme une forme de l'esprit d'opposition qu'on peut apprécier le rôle joué par les libei*tins./ On comprend alors l'un des traits qui les caractérisent : ils forment une secte sans doctrines, ou plutôt ils n'ont rien d'une secte. Avec eux, aucune théorie nouvelle ne cherche à se faire jour : ils ne sont affiliés à aucun dogme, unis par aucun credo. Si quelques-uns, sur les pas de Gassendi, semblent s'engager dans le sensualisme, c'est une tendance qui n'est pas encore générale; et l'un même des principaux élèves de Gassendi, Bernier, écrira dans une < Lettre à Chapelle » : « 11 me semble bien raisonnable de croire qu'il y a quelque chose en nous de plus parfait que tout ce (fue nous appelons corps ou matière. » Ils ne prennent paB davantage parti dans la grande question de l'existence et de la nature de Dieu. < Ils ne sont pas du tout athéistes, i écrivait Garasse au début du siècle, et La Bruyère pourra encore écrire : < L'athéisme n*est pas. • Cette absence de doctrines arrêtées est constatée par tous les prédicateurs et les moralistes contemporains. Les libertins n'ont pas d'arguments et ne procèdent pas par déductions. Us se contentent d'un système bien plus commode : la raillerie. Bossuet leur repro* che de faire < les plaisants mal à propos • dans les questions de religion. « Ces importantes questions, . leur dit-il, ne se décident pas par vos demi-mots et par vos branlements de tête, par ces fines railleries dont vous vous vantez, et par ce dédaigneux souris ^ » Cette impiété-là n'est pas celle du phi-* losophe, mais celle du mondain. Elle n'est pas la conclusion d'un raisonnement, mais la conséquence d'un état d'esprit. Peut-être est-K^e la plus dangereuse forme de l'impiété : car nous pouvons nous convertir à toutes les idées, sauf à celles qui nous inspirent du dédain. En tout cas, c'est celle qu'il est le plus difficile de combattre. Cela explique que, en un siècle où la discussion théologique est si vigoureuse, la lutte contre les