NOTICE LITTERAIRE XLV
des catégories sans communication et des cases sans issues. De nombreux exemples prouveraient que cette division ne répond à rien : le vrai talent est infiniment plus souple et plus varié.
Très large dans ses admirations, Grousset ne songea à s'emprisonner dans aucune école poétique. En revanche, il est des exemples qu'il s'efforça toujours d'éviter. II n*admit jamais la poésie de pure forme, telle que l'ont conseillée ou tout au moins pratiquée les Parnassiens. I( ne put jamais goûter les bagatelles poétiques et les riens sonores : sonnets ouvragés qui n'enferment point de sens, odes dont les strophes se balancent dans le vide.
< Je n'aime, écrit-il, que les vers qui me disent quelque chose et que l'auteur a sentis en homme et non pas seulement en artiste. Les Parnassiens m'ennuient, à commencer par leur grand pontife Leconte de Lisle. Hier soir, j'ai scandalisé un de mes collègues, qui me lisait avec enthousiasme le dieu Khons, des poèmes barbares :
Où va-t-il le Roi Kbons, le divin guérissear, Qui toujours se procrée et s'engendre lui-même?
Ah! comme ça m'est donc égal, le dieu Khons, et à Leconte de Lisle aussi... As-tu jamais entendu cette chose assommante, un morceau à variations pour piano. C'est un pauvre petit thème, tout petit, un embryon d'idée qui n'est même pas de l'auteur du morceau, et qu'il trouve le moyen de torturer huit pages dans tous les tons possibles... G)mme je n'écrirai rien, si je m'aperçois que je tombe dans les variations ! > Voilà sans doute une sévérité excessive; et, après tout, il ne faut pas médire d'écrivains qui ont eu un amour sincère de l'art pour lui-même. Ils avaient de bonnes intentions, et il est permis de croire que, s'ils ont mis si peu d'idées dans leurs vers, ce n'est pas leur faute : ils n'ont pas eu à repousser l'inspiration. On peut même dire que leur œuvre a eu sa raison d'être et n'a pas été inutile : ils se sont opposés pour leur part à la déroute de la langue, ils ont assoupli le rythme, enrichi le