POLICHINELLE
(souvenir d'un conte d'andersen.)
Écoutez la grande nouvelle :
Polichinelle est amoureux!
Il soupire en rêvant aux yeux Noirs de sa belle.
Rasant le mur à petits pas, Quand Taube commence à renaître, n vient chanter sous sa fenêtre, Tout bas, tout bas.
La Colombine qu'il adore Rit aux larmes rien qu'à le voir ; Il le sait bien, mais sans espoir Il l'aime encore.
Svelte sous le frais domino U l'aime ; et son âme se brise Quand ee drôle à taille bien prise, Arlecchino
S'approche de la jeune fille...
Colombine accepte sa main.
Us s*en vont par l'étroit chemin Sous la charmille.
Ils disparaissent tous les deux, Et dans l'amas des branches vertes Les fleurs se disent entr'ouvertes :
« Ils sont heureux ».
Et qui sait tes douleurs atroces, Pauvre être à qui le sort moqueur - Sombre ironie — a mis le cœur Entre deux bosses.
soupirant malencontreux, Le baiser fuit devant ta bouche.
L'ombre de ton dos effarouche L'amour peureux.
Regarde au miroir ta figure, L'idéal est-il fait pour toi?
Tu naquis bouffon, suis la loi De la nature.
Il te sied d'aller chaque soir Aux éclats de ton rire brusque.
Rosser Pierrot, Cassandre et jusque Au diable noir.
Sans te plus troubler la cervelle, Étant difforme, sois joyeux...
Je vois des larmes dans tes yeux, Polichinelle?
POLICHINELLE Si
Àh! mon ami, n'en sais-tu rien ?
Ces pleurs brûlants, ces pleurs de rage, Font plus horrible ton visage, Cache-les bien.
Le chagrin te ride la face, Grandit ton nez, creuse ta chair, Tes sanglots convulsifs ont Tair D'une grimace.
Et tu montres le poing aux cieux, Désespéré, piteux et rogue, Juste comme au grand monologue De l'acte deux.
Oh ! qu'en te voyant tout à l'heure Les beaux petits enfants riront f Que de mains roses qui battront!
Va, pleure, pleure...
Mais on a frappé les trois coups :
En scène!... Le public t'appelle.
Fais ton métier, Polichinelle, Amuse-nous!
École normale, 1881.