LES DIEUX DE PIERRE
(a là Vénus de milo).
L*âge n*a point ridé vos faces immortelles Dieux du passé restés debout sur l'avenir, Et vous gardez encor dans vos yeux sans prunelles De paisibles clartés que rien ne peut ternir.
Tandis que, chaque jour, s'use un peu de notre être, Que dlntimes foyers consument lentement Ce corps qui pour durer ne cesse de renaître Et n*a jamais fini son propre enfantement.
Tandis que devant vous, froids témoins que j'envie, S'établit en tremblant dans le mystère humain ' L'équilibre douteux qu'on appelle la vie Et qu'un souffle en passant dérangera demain,
Seuls, vous restez toujours semblables à vous-mêmes; Le flot du temps expire à vos pieds radieux, Vos fronts de marbre pur montrent à nos fronts blêmes La jeunesse immuable et superbe des dieux.
Survivez, survivez aux cités abattues Un éternel esprit consacre vos beaux corps fantômes des temps enfuis, nobles statues, Vous'avez conservé l'âme des siècles morts.
Sous votre cbair incorruptible Le vieil Olympe habite encor, Et malgré le Dieu de la Bible Surgit, gracieuse et terrible Gypris, la reine aux cheveux d'or.
Jeune athlète aux divins trophées Dieu-Soleil, Sminthée-ApoUon, Sous tes pas les neuf belles fées Foulaient à cottes dégraffées Les asphodèles du vallon ;
Et voici tes formes douteuses Transparaissant sous le peplos^ Ëphèbe aux poses amoureuses Ëphèbe aux tresses onduleuses, Bacchos, Zagreus et Dionysos!
les premiers-nés de la Grèce, Vous restez forts comme autrefois.
L'enfant Ëros tire sans cesse, Pour Tare sacré que sa main presse.
Un trait d'argent de son carquois.
Votre majesté séculaire
Fait rayonner le marbre saint,