LES DIEUX DE PIERRE 3S
Vous avez reconquis la terre
Et Ton sait lire, ô Dieux de pierre,
Le verbe épars dans votre sein.
Le monde s'échauffe au sourire De votre blanche nudité, Au fond du cœur qui vous admire Vibre comme tin chant sur la lyre L'hymne éternel de la Beauté.
Le grand Pan n'est pas mort aux champs de Messënie, Car vous êtes ses fils et faites à jamais
Renaître son vivace et multiple génie
C'est pourquoi, séducteurs des âmes, je vous hais!
Oh! qaand un Dieu nouveau sortit des catacombes, Pâle crucifié, qui de son bras saignant Entre-bâillait la pierre effroyable des tombes Et donnait la volée à Tesprit triomphant ;
Quand la chair fut vaincue, ô Christ, quand ta parole Transfigurant soudain l'humble et morne laideur La fit reine et lui mit au front cette auréole. L'invisible beauté que devine le cœur ;
Oui, vous aviez raison, croyants, croyants sévères Qu'on vit alors, marteaux en main et frappant dur, Briser ces dieux lascifs et jeter leur poussière Aux tempêtes que Dieu fait souffler dans l'azur.
Votre haine farouche, ô chrétiens, était bonne; n vous fallait aller seulement jusqu'au bout, Frapper, frapper encor et n'épargner personne ; Trop de vos ennemis sont tiemeurés debout.
Vous les jugiez vaincus. Ils ont dit c Pas encore! > Ils ont recommencé la lutte, et maintenant Tous les proscrits d'hier qu'un nouveau peuple adore Vous lancent à leur tour l'anathème insultant.
Écoutez, écoutez dans la beauté des choses; Dans le rayonnement des clairs soleils d'avril, Dans les brises où flotte avec l'âme des roses On ne sait quel désir ineffable et subtil,
La voix des jeunes dieux, la voix enchanteresse Parle. Ils se sont vengés, les maîtres immortels! Ils nous ont fait goûter l'irréparable ivresse, Et nous sommes tombés aux pieds de leurs autels.
Les voilà tous! Vêtus de clarté sobre et pure. Ils chantent doucement l'antique volupté, Les trésors de la forme exquise, et la nature Mère indulgente au fils que ses flancs ont porté.
Ils disent la fraîcheur des teintes savoureuses, Le jeu puissant et doux des clartés dans la nuit, Votre concert discret, ligues harmonieuses — Tout l'idéal des sens qui fait dupe l'esprit.
Tranquilles, étalant leur splendeur toute nue, Ils régnent... et là-bas, s'efface et disparait Gomme un brouillard d'été quand l'aurore est venue La sombre vision de l'idéal abstrait.