LES DIEUX DE PIERRE
L'homme est leur proie encore, asservie et fidèle.
n renia, dompté par le charme vainqueur,
Les infinis caches que son âme recèle,
Le Dieu vivant qu'il porte en secret dans son cœur.
Impuissant à Tefforl, lâche au devoir austère, n contemple en rêvant la stérile beauté.
Et tu souris d'orgueil, maîtresse de la terre, fille de Milo, blanche et froide Astarté I
Rome, janvier 1884.
A FRA ANGELIGO '
Dans rherbe où les grands lis candides Éteniellement fleuriront, Les bienheureux aux fronts limpides, Les bienheureux dansent en rond.
Déroulant leur chaîne mystique, Main dans la main sous le ciel bleu, Ils écoutent un beau cantique Chanté par les anges de Dieu.
Ils sont vêtus des teintes douces Qu'on voit aux horizons lointains, Du vert léger des fines mousses Et de la blancheur des matins.
1. Cette pièce a été inspirée par le tableau de Fra Angelico intitulé le Jugement dernier ^ et qu^on Yoit à Florence à rAcadémie des Beaux-Arts. « Les bienheureux approchent du paradis parmi de riches gazons parsemés de fleurs rouges et blanches, sous de beaux arbres fleuris ; les anges les conduisent, et, fraterneUement, la main dans la main, il forment une ronde. » (Hi Taine, Voyage ' en Italie.)
Plus loin que son essor, les peut-être suprêmes, L'esprit ferma son aile et pleura dans la nuit.
Il avait espéré qu'au bout de la pensée Était le lieu sacré des causes et des lois, Et voici que meurtri par sa course insensée Appelant dans le vide et dans Tombre glacée.
Rien ne lui répondait que l'écho de sa voix.
Il avait cru qu'au fond de l'âme — clarté pure — Un jour mystérieux s'ouvrait sur le réel, Que ce qui passe et change atteignait ce qui dure, Que ridée embrassait l'idéal, qu'un murmure Envolé de la terre allait toucher le ciel.
Mais le temps vous flétrit, douces fleurs d'espérance, mensonges aimés, ô frêles visions; Comme la Niobé dans son désastre immense.
Resté debout, l'esprit vit tomber en silence Les cadavres chéris de ses illusions.
Alors n'aspirant plus qu'à fuir loin de lui-même Ces trompeuses amours qu'un long deuil expia, Une dernière fois penché sur leur front blême. Farouche, il y jeta pour jamais l'anathème; — Puis, regardant fleurir les roses — il cria :
Impassibles esprits qui germez dans les terres^
Âme sereine des grands bois, Vague divinité des choses, ô lumière,
. Parfums, couleurs et douces voix ;