STANCES
Je ne sais quelle aurore a brillé dans mon âme, Et si le jour suivra cette obscure clarté, Yerrai-je le soleil m'illuminer de flamme Et monter dans mon ciel avec sérénité?
Est-ce Tamour enfin — charmante incertitude — L'amour superbe avec ses ardentes langueurs?
SeraitH^ Tamitié, cette douce habitude, Épanouissement tranquille de deux cœurs?
L'autre soir dans la plaine assoupie et calmée Nous allions pas à pas en nous tenant la main, La brise répandait, vaguement enflammée, Une senteur de foins coupés dans le chemin.
Et nous, restés longtemps, restés sans nous rien dire, Pensifs et tout émus et ne sachant pourquoi, Le vent n'emportait plus nos chants et notre rire. Oh! Qu'est-ce donc alors qui'se passait en moi?
A lui dire c ma sœur » comme autrefois, j'hésite, Et souvent en secret je rêve un nom plus doux; Enfants hier, quelle est cette ivresse subite Qu'un soir, un soir d'été vient d'épancher sur nous?
Âh ! quel que soit ton nom, sentiment que j'ignore, Hôte inconnu d'un cœur qui s'abandonne à toi. Viens remplir doucement cette âme qui t'adore. Viens où l'on t'attendait, viens, sois béni de moi.
Sois béni! j'avais soif d'aimer et de répandre Un long flot de tendresse amassé lentement, Trésor longtemps caché, feu couvant sous la cendre, Je me sens vivre enfin, je respire — en aimant!
Jusqu'alors tristement enfermé dans moi-même Je n'y trouvais, hélas ! que fatigue et douleur. Et poursuivant en vain la volupté suprême Lentement je sentais se glacer tout mon cœur.
La froide indifférence étreignait ma pensée Et je voulais aimer et je ne pouvais pas.
Le doute amer tombait sur mon âme lassée Et je riais bien haut — mais en pleurant tout bas.
Mais tu parais enfin, tu brilles sur ma vie Salutaire tendresse, et comme le matin Ëclaire en souriant la campagne ravie, Ta clarté radieuse a doré mon destin.
Je vais fier et tout plein de ma jeune espérance. Déjà, déjà l'aurore a fait place au grand jour. Hôte béni d'un cœur qui travaille et s'élance Tu n'es pas l'amitié ; mais ton nom, c'est l'amour.