PREMIER AMOUR
Pour t'aimer rien qu'en espérance, premier amour inconnu, Mon âme s'empresse et devance Le temps où tu seras venu.
Elle s'est fait une habitude De ta bonté qu'elle pressent, Et tu peuples sa solitude, Cher avenir déjà présent.
Tu restes longtemps invisible, Ton esprit n'est point incamé, Mais sous les voiles du possible Un jour le mien t'a deviné.
mon bonheur encore à naitre, Je ne sais pas si tes grands yeux, Tes yeux bénis vont m'apparaitre Sombres ou clairs, châtains ou bleus;
Non, mais je sais bien que mon âme Y regardera s'éveiller L'aurore de la sainte flamme, L'étincelle de mon foyer.
Aucun de mes sens ne pénètre Au lointain où je t'entrevois, Et j'ignore ce que doit être Le timbre charmant de ta voix;
Mais dans un intime langage A parlé tout bas à mon cœur Le verbe honnête, aimant et sage Qui naîtra sur ta lèvre en fleur.
Et quand à l'heure que j'envie Nous nous trouverons en chemin.
Quand mon rêve aura pris la vie Et que tu me tendras la main,
Notre jeune amour qui commence Sera profond, tranquille et fort, Gçmme ces amitiés d'enfance Immuables jusqu'à la mort.
Nous descendrons la route ensemble.
Calmes et gravement heureux; Vienne le jour où le pied tremble Nous nous soutiendrons tous les deux.
C'est ainsi que dans ma tendresse Également je réunis Tes printemps joyeux, ta vieillesse Tes cheveux bruns, tes cheveux gris.