‹ OEuvres posthumes: essais et poèsiesChapitre 6 sur 165 · XII NOTICE BIOGRAPHIQUE · texte numérisé non relu

XII NOTICE BIOGRAPHIQUE

notre défaut dominant, et nous ne songeons guère à penser par nous-mêmes!

 ce point de vue, l'Ecole normale rend bien des services. Sagement réglé, Tesprit d'analyse ne supprime nullement les fortes convictions, il les complète. Dans cette société si diverse, les convaincus savent bien se faire leur place; rien ne leur est même plus salutaire que ce contrôle perpétuel qu'ils font ou que l'on fait sur eux. L'esprit ne gagne rien à s'isoler. Le frottement des idées, le grand air de la controverse lui font perdre cette raideur que donne la première éducation. Il y a un âge où l'on éprouve le besoin de refaire et d'étendre ses convictions : l'Ecole sert à cela, et cela sert toujours. La critique n'est l'ennemie que des gens médiocres. Les esprits faibles en souffrent; les autres n^ont pas à la craindre, parce qu'ils savent en profiter.

Ce qui fait le plus grand honneur à l'École normale, c'est qu'on la regrette toujours en la quittant. Toute cette vie intérieure, ces longues causeries, ces veillées du travail à remettre, tout cela est charmant. Ce sont les années les plus heureuses et les plus calmes : on y travaille sans ennui et on n'a surtout pas de comptes à y faire avec l'existence. Et puis où donc la tolérance est-elle mieux pratiquée? Le libéralisme est, dit-on, un don naturel aux hommes d'étude... peut-être est-ce qu'il y en a à l'École un peu plus qu'ailleurs? Elle nous apprend au moins à nous supporter les uns les autres, ce qui devient rare â notre temps. La diversité des caractères y rapproche même plus qu'il ne semble. Les esprits sincères se rechercheront et s'estimeront toujours : ils savent qu'ils n'ont pas de surprises à craindre et que les libertés du raisonnement n'enlèvent rien à la Jeunesse du cœur et à la fraîcheur des convictions.

Tel est le milieu dans lequel Grousset se trouva. Lui aussi, il en prit l'excellent et il ne fut pas ingrat envers son École* 11 se rappela toujours cette vie active et régulière, tant de longues confidences échangées, tant d'idées abordées et parcourues, tant d'heures où l'esprit comme le cœur sont pleinenement satisfaits d'eux-mêmes. Ce passé déjà lointain, il l'appelait gaiement son idéal, et il l'aitnait plus qu'il n'osait se

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