Garasse, Doctrine curieuse
Ainsi se répandaient des germes d'indépendance qui purent trouver d'abord un terrain assez favorable pour se développer. Les premières années du siècle nous apparaissent, après le tumulte des guerres civiles, comme une époque de singulière licence. Les mœurs y sont un mélange bizarre de raffinement et de grossièreté ; la pensée y garde quelque chose des hardiesses exubérantes de Tâge qui vient à' expirer. Le Mercure français se plaint (1607) de la grande liberté d'imprimer toutes choses, c C'est la mode en France, ajoute-t-il ; il faut que chaque année il y ait quelque plume qui fasse quelque thèse nouvelle, afin d'amuser toutes les plumes pour y répondre ; et le peuple s'en repaît sans qu'il y en ait davantage de bruit. » En somme, on respire à l'aise après des années de tempête ; on sent qu'une ère nouvelle va s'ouvrir : et le siècle qui commence fait une bonne fois ses folies de jeunesse.
Une autre cause ne contribue pas peu à entretenir et à développer cette licence de pensée et de conduite : c'est l'influence italienne, plus forte alors que jamais, depuis que, pour la seconde fois, la reine est Florentine, et que toute une colonie de ses compatriotes est venue donner le ton à la mode. Or, on sait combien Fltalie est c pleine de libertins et d'athées », combien c elle abonde en ces sortes de gens qui pénètrent le plus avant qu'il leur est possible dans les secrets de la nature ^ ». On sait aussi quelle y fut, au temps de la Renaissance, l'exquise et profonde corruption des mœurs publiques ou privées. On voit maintenant ce que pouvaient apporter à la France ces courtisans beaux diseurs, qui pour bréviaire avaient leur compatriote Machiavel.
Ainsi se formait une société c libertine » de < beauxesprits » légers et superficiels, avec des vues hardies, mais ne sachant guère au fond ce qu'ils croyaient et ce qu'ils ne