NaitdMana
croyaient pas; respectueux cependant « par bienséance et maxime d'État * » de certaines convenances extérieures, et n'oubliant pas la devise qui leur venait d'au delà des monts, c intus ut libet, foris ut mos est » ; discutant au besoin contre les huguenots, ce qui était de bon ton ', mais discutant en vrais dilettantes, et sans se sentir bien convaincus euxmêmes; s'accommodant en somme de cette demi-réserve, assez insouciants ou assez dédaigneux pour n'en pas demander davantage, et se disant volontiers « qu'il y a fort peu de bons esprits au monde, et que les sots, c'est-à-dire le commun des hommes, ne sont pas capables de leur doctrine ^ ». Au fondi cette doctrine n'existe guère, ou du moins le mot est trop fort. Il n^ a point là de philosophes. Mais encore ces douteurs aimables devaient- ils se sentir bien aises quand on venait leur prouver à eux-mêmes qu'ils avaient raison, et quand de plus doctes voulaient bien fournir une théorie à ce qui chez eux restait tout pratique. Tel fut, jusqu'à un certain point le rôle de Charron, ce Montaigne alourdi, qui a l'air plus profond que son maître, parce qu'il s'est grimé en pédant, Charron, contre lequel le père Garasse n'aura pas assez d'injures. Mais, resté orthodoxe, l'auteur de la Sagesse devait paraître timide et ne suffisait pas. On cherche un peu partout, dans cette obscure confrérie de la Rose-Croix dont les pamphlets du temps parlent avec épouvante * ; auprès de Jean Pontanier, le docteur charlatan qui, sur de pompeuses affiches, promet aux gens des révélations merveilleuses, voit se réunir chez lui un certain