‹ OEuvres posthumes: essais et poèsiesChapitre 69 sur 165 · ïd · texte numérisé non relu

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de croyance une légende étrange et fort contestée dans TÉglise môme : le miracle par lequel il aurait été donné au pape Grégoire le Grand de tirer des enfers l'âme de l'empereur Trajan. Yanini est là tout entier. On voit maintenant sa méthode faite surtout d'insinuations et de demi-mots, qui se joue autour de l'idée, s'en approche doucement, l'effleure parfois, puis d'un bond se détourne et revient en arriére. Mais quelle était cette idée? et que pouvait-on trouver au fond de cette dialectique fuyante? Une sorte de panthéisme assez vagi^e, la conception d'un monde éternel infini, le culte de la nature divinisé ^ : peu de chose, en somme, mais assez pour satisfaire des esprits accommodants. Nos gens prétendaient, comme le dira Bossuet * plus tard, « agir à leur mode et passer leur vie doucement, vivre suivant la nature », selon le mot antique, qu'on répétait sans trop le comprendre. Les sous-entendus de Vanini suffisaient à leur faire croire qu'ils étaient dans la vérité; elle leur fournissait le principe qui leur manquait pour donner le change à leur propre conscience; elle prêtait à leur manière de vivre le prétexte d'un système. Ils trouvèrent là une formule commode qu'ils allaient répétant sans cesse. Les mots de « nature > et de c loi naturelle > sont alors dans toutes les bouches; ils justifient tout : ils ont l'air d'une pensée. Le P. Garasse, malgré ses partis pris, ne calomnie guère les libertins quand il leur prête ce langage. € Il n'y a point d'autre divinité ni puissance souveraine au monde que la nature, laquelle il faut contenter en toutes choses, sans rien refuser à notre corps ou à nos sens de ce qu'ils désirent de nous en l'exercice de leurs puissances et facultés naturelles '. » Mais Garasse n'a pas tort non plus lorsqu'il dit ailleurs : < Les beaux esprits

1. On lit dans les Secrets de la nature : « Ipsa Nalura, quœ Deus est. »

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