Doctrine curieuse
prélendus ne sauraient dire ce qu'ils entendent par le nom dénature *. »
Quelques précautions que sût prendre Vanini, il finit cependant par s'avancer trop loin. Une fois déjà, en pleine église Saint-Paul, ayant pris pour texte le début de Tévangile selon saint-Jean, < au commencement était le Verbe >, il avait prêché de telle sorte qu'il lui fut interdit désormais de porter la parole dans le saint lieu *. Un nouvel ouvrage, les Secrets de la nature Reine et Déesse, déchaîna l'orage contre lui. Après l'éclat que fit celte véritable « introduction à la vie indévote », Vanini dut quitter Paris, errer quelque temps dans la province ; puis, sous un nom supposé, chercher un refuge à Toulouse, ou il continua sa prédication latente. Dénoncé bientôt, emprisonne, condamné malgré son habile contenance, malgré cette belle démonstration de l'existence de Dieu qu'il improvisa devant ses juges, aussitôt que tout espoir fut perdu il fit preuve d'une fermeté qu'on ne lui connaissait pas encore. « Allons mourir en philosophe » , s'écrie-t-il quand on vient le chercher dans son cachot. Du haut de la charrette, il ne cesse de haranguer le peuple; il parle pour la première fois à cœur ouvert ; il donne raison à ses juges, en montrant enfin toute sa pensée. Sur l'échafaud, cependant, la nature se soulève en lui; il éclate en injures, en violentes apostrophes; il résiste, il se débat rudement sous la main du bourreau. Il faut lui ouvrir la bouche de force quand on veut, selon les termes du jugement, lui arracher la langue avec des tenailles de fer. Alors il pousse un cri terrible, un cri qui n'a plus rien d'humain, et qui ressemble, nous dit tranquillement un témoin oculaire ^, au beuglement d^un bœuf qu'on assomme.
ié Doctrine curieuse,