Lettre à Vévéque d'Ayre
La formule en était déjà dans Garasse : Il y a des esprits forts qui ne veulent pas « paraître impies et abandonnés, de peur de formaliser les simples ou se priver de l'abord des esprits superstitieux. >
Un pareil état des esprits était déjà un résultat. Cette mobilité de croyances, et ce manque d'attachement aux idées qu'on a soutenues viennent d'intelligences à qui toutes les opinions sont également bonnes ou mauvaises et qui se sacrifient elles-mêmes sans que le sacrifice leur coûte rien. L'indifférence prouve l'indécision. Comment, dans de pareilles dispositions, pourrait-on tenir à une ide'e plutôt qu'à une autre? Comment, pour ces « idoles de la fantaisie », aurait-on € le courage d'endurer une égratignure d'épingle^ > ? Ainsi le doute est alors au fond des âmes. C'est là l'effet naturel de cet « esprit particulier » qui, rebelle aux croyances reçues, n'a pas encore eu la force de s'en trouver d'autres, et qui demeure en suspens, mécontent de la vieille philosophie classique qu'il sent usée, incapable pour le moment de la renouveler, méprisant dans toutes ses productions et dans son essence môme cette raison qui ne lui fournit rien d'assuré. Les anciens arguments sur l'incertitude de nos connaissances se reproduisent alors de tous côtés. Dès 4625, Mersenne a senti le besoin d'écrire un livre pour démontrer < la vérité des sciences contre les sceptiques », et réprimer c l'insolence de ces esprits téméraires qui osent maintenir ouvertement et opiniâtrement qu'il n'y a point de science véritable * », gens « qui s'appellent sceptiques et sont libertins », gens qui, « n'osant faire paraître leur impiété de peur d'être châtiés, s'efforcent de persuader aux ignorants qu'il n'y a rien de certain au monde '. » Voilà le « mal » auquel prétend € remédier » le père, et ce n'est certes point