‹ OEuvres posthumes: essais et poèsiesChapitre 86 sur 165 · Cyrano de Bergerac, Voyage dans la Lune · texte numérisé non relu

Cyrano de Bergerac, Voyage dans la Lune

4. On pourrait citer à ce sujet de bien jolis passages. « N'avezvous point pris garde à ce vent doux et subtil qui ne manque jamais de respirer à l'orée des bois ? C'est Thaleine de leur parole; et ce petit murmure ou ce bruit délicat dont ils rompent le saeré silence de la solitude, c'est proprement leur langage... Chaque espèce de végétant garde le sien particulier, en sorte

puis il s'arrête, il est pris de scrupule, il s'essaie à des demiprécautions qui voudraient être adroites, et qui font songer à celles de Yanini. < Ses opinions sur la nature du inonde me semblèrent ingénieuses, dit-il en parlant de son lunatique; et sans qu'il passât jusqu'à son origine, qu'il soutenait éternelle, j'eusse trouvé sa philosophie beaucoup plus raisonnable que la nôtre. Mais sitôt que je l'entendis soutenir une rêverie si contraire à ce que la foi nous apprend, je brisai avec lui, dont il ne fit que rire. » Mais Cyrano n'est bientôt plus qu'une exception singulière. On le dit un peu fou. Il vit isolé, sans disciples, sans influence; il meurt en 16SS, juste n temps peut-être pour éviter le sort de Théophile, et ne laisse guère après lui que la réputation d'un ridicule.

Qu'est donc devenu le libertinage? Où connaîtrons-nous ces < enfants d'incrédulité » qui < s'élèvent encore au milieu des triomphes de la foi * »? Si nous allons chez eux, nous risquons fort de trouver porte close. Ce sont gens discrets, sachant se taire, acceptant volontiers toutes ces formes extérieures qui sont redevenues des obligations mondaines. D'ailleurs, à force de ne plus rendre compte aux autres de leurs pensées, peut-être ont-ils fini par ne plus bien s'en rendre compte à eux-mêmes. Us ne nous répondraient rien. Interrogeons ceux qui les ont connus et qui nous parlent d'eux, leurs adversaires, a Hommes doctes et curieux^ s'écrie Bos* suet, si vous voulez déserter la religion, apportez-y du moins et la gravité et le poids que la matière demande... Ne faites point les plaisants mal à propos dans des choses si sérieuses

que le bouleau ne parle pas comme l'érable, ni le hêtre comma le cerisier... Presque tous les concerts dont les oiseaux font musique sont composés à la louange des arbres; mais aussi, en récompense du soin qu'ils prennent de cacher nos belles actions, nous nous donnons celui de cacher leurs amours... Hé bien i vous autres hommes, vous regardez éternellement ces choses, et ne les contemplez jamais... etc. » (Histoire des oiseatix,) 1. Expressions de Massillon, sermon sur la Vérité de la religion.

et si vénérables. Ces importantes questions ne se décident pas par vos demi-mots et vos branlements de tête, par ces fines railleries dont vous vous vantez et par ce dédaigneux souris ^ > Voilà ceux que Bossuet appelle les < esprits profane^ et témérairement curieux ». Ce sont là les plus hardis : encore sont-ils peu nombreux. « Je vois un autre malheur bien plus universel dans la cour. Ce n*est point cette ardeur inconsidérée de vouloir aller trop avant : c'est une extrême négligence de tous les mystères. Qu'ils soient ou qu'ils ne soient pas, les hommes trop dédaigneux ne s'en soucient plus et n'y veulent pas seulement penser, tout prêts à vous avouer ce qu'il vous plaira, pourvu que vous les laissiez agir à leur mode et passer la vie à leur gré '. > Le portrait est-il assez complet? — c L'athéisme n'est point >, dira bientôt La Bruyère, plus tranchant encore, c Les grands qui sont les plus soupçonnés sont trop paresseux pour décider en leur esprit que Dieu n'est pas. » Et l'auteur des caractères, résumant d'un mot piquant tous les reproches qu'on fait aux < esprits forts >, les traitera c d'esprits faibles ^ ».

Mais s'il est au \\n° siècle un livre qui puisse mieux que tout autre nous renseigner sur l'esprit libertin, c'est celui qui fut écrit spécialement à son adresse, qui devait le convaincre de son erreur et le ramener à la foi ; c'est le < grand ouvrage entrepris contre les athées * », et dont il nous reste au moins les matériaux épars, — les Peti" sées.

Pascal a semblé quelquefois comme dépaysé parmi ses contemporains. Dans le xvii'' siècle classique, on s'explique mal cette lutte corps à corps avec le scepticisme, les concessions périlleuses, cette argumentation singulière, cette apologie

\, Sermon pour le 2' dimanche de rAvent.

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