Racine, Abrégé de V histoire de Port-Boy al
étrange, désespérée, presque troublante d'une religion qui semble alors triompher. On fait ainsi de l'auteur une sorte de < monstre inexplicable > , qui vit d'une vie à part, enfermé dans l'égoïsme inconscient d'une nature exceptionnelle, qui n'écrit que pour lui, qui se décrit lui-même, et qui devient à lui seul le sujet de son propre livre, comme Montaigne fut le sujet du sien. C'est là faire injure à Pascal. S'il se décide à écrire, ce n'est que pour le salut des âmes. Qu'il melte à profit sa propre expérience, rien de plus naturel. Mais jamais il n'oubliera le but qu'il s'est proposé : il veut être utile; il a dessein de convaincre les incrédules. Lesquels? Tout naturellement, ceux de son temps, ceux qu'il a vus, ceux qu'il connaît- C'est pour eux qu'il parle, c'est pour eux qu'il raisonne. Les libertins nous expliquent les Pensées : les Pensées doivent nous expliquer les libertins. Si l'intention du livre restait encore douteuse, il suffirait d'en appeler à Pascal lui-même. < 11 faut, dit-il en parlant des incrédules, il faut les appeler à avoir pitié d'eux-mêmes... Qu'ils donnent à cette lecture quelques-unes des heures qu'ils emploieut si inutilement ailleurs... Pour ceux qui y apporteront une sincérité parfaite et un véritable désir de rencontrer la vérité, j'espère qu'ils y auront satisfaction, et qu'ils seront convaincus des preuves d'une religion si divine que j'ai ramassées ici *. » Nul mieux que Pascal n'était propre à cette tâche. 11 avait vu de prés les libertins du temps, Mitlon, le moi haïssable, et le chevalier de Méré, ce pédant de < l'honnêteté » mondaine, 11 avait fait plus ! Il était remonté à la source même du libertinage, à Montaigne; il l'avait lu avec ardeur, il l'avait fait sien au point de le retrouver en lui-même. Comme un médecin s'inocule une maladie qu'il veut étudier, il s'était exposé luimême à la contagion du scepticisme! Peut-être eut-il à s'eu guérir, et peut-être la cure fut-elle douloureuse. Mais, enfin,