‹ OEuvres posthumes: essais et poèsiesChapitre 89 sur 165 · Garasse, Doctrine curieuse · texte numérisé non relu

Garasse, Doctrine curieuse

Pascal, abêtissez-vous! Réponse horrible, à ce qu'il nous semble. Horrible, en effet, pour des gens qui croiraient fermement à la raison humaine, mais toute naturelle pour ceux qui n'y croient pas et n'y peuvent trouver que faiblesse \ pour les esprits sceptiques que le tempérament ou Thabitude a faits incapables d'avoir foi en eux-mêmes et d'y rencontrer des principes assurés, pour les libertins. C'est à ceux-là, mais à ceux-là seuls , que Pascal peut fermer la bouche avec son dernier mot : < Qu'avez-vous à perdi^e? » Voilà qui est entendu : nous plierons la machine, et nous nous abêtirons. Mais encore, que nous faudra-t-il faire? Faites comme si vous croyiez ; soumettez-vous aux pratiques; prenez de l'eau bénite. — Hé! quoi, sans avoir la foi! Nous agirons donc comme on agit dans la cabale des hypocrites? — La réponse est prête. — Tout autre que vous aurait le droit de parler ainsi : mais vous autres, libertins, puisque c'est à vous qu'on s'adresse, étes-vous donc si fort accoutumés à la franchise? N'êtes-vous plus les mêmes depuis le jour où vous disiez qu'il ne faut pas paraître impie et abandonné, de peur de formaliser les simples ^ ? > Écoutez, écoutez ces mots encore : c Nous devons quelque chose aux coutumes des lieux où nous vivons, quoique ces coutumes soient mauvaises, mais nous ne leur devons que l'apparence. > Qui parle ainsi! Votre Méré. Après cela, refusez-vous h l'hypo* crisie qu'on vous demande !

Ainsi donc, les Pensées sont allées prendre l'âme dans le doute pour la mener jusqu'à la foi. Nous pouvons voir à présent que ce doute n'était pas plus que celui de Descartes un artifice de logique imaginé en désespoir de cause. On dit

1. Ce serait le. cas de citer ici une seconde fois les deux vers du libertin ChenaiUe.

Et par la raison je mo butte A devenir bote brutte.

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