Garasse, Doctrine curieuse
assez volonliers de Pascal qu'il veut nous faire sceptiques pour nous faire chrétiens. Il part, en effet, du scepticisme. Mais n'était-ce pas là une méthode qui s'imposait à lui; et, quelle qu'ait été d'ailleurs sa pensée de derrière la tôle, ne lui fallait-il pas se préoccuper avant tout de ceux qu'il avait à convertir? Cet état d'incertitude profonde, ce pyrrhonisme d'où il fera sortir la foi, correspondaient à quelque chose de réel, à l'état même où se trouvaient les âmes libertines. N'en sût-on rien,^ on en trouverait assez de preuves dans la marche même que Pascal a suivie. Il se garde bien de recourir à la raison, car il parle à des gens qu'elle ne convainc point. Au contraire, il en pousse à bout la vanité, il abonde dans le sens des beaux esprits, il se sert d'eux contre eux-mêmes : méthode qui le perdrait peut-être, s'il avait affaire à une incrédulité dogmatique. Mais il n'en est pas ainsi, et l'essence même du libertinage est de n'aller point jusqu'à la théorie. Pascal fera, donc sentir aux incertains leur faiblesse mieux encore qu'ils ne la sentaient : il prétend la leur montrer tout entière, la leur rappeler sans cesse, la leur rendre insupportable. Ce qu'un Méré laissait entendre à demi-mot sur les coutumes, Pascal le reprend brutalement et jusqu'au bout. < La coutume fait toute l'équité... Qui la ramène à son principe l'anéantit^ ». Il nie tout ce qu'on s'est accoutumé à respecter; il entre en plein dans les « matières odieuses >. c La puissance des rois est fondée sur la raison et sur la folie des peuples '. > c L'égalité des biens est juste; mais... ne pouvant fortifier la justice, on a justifié la force'... » Toutes les violences ont leur raison d'être, non pas seulement dans le génie même de Pascal, mais aussi dans l'état de ceux pour qui son livre est écrit. Il songe à des âmes qu'il faut agiter violemment, secouer sans pitié,