Voyez la scène ii de Tact. III (scène du pauvre
3. Lettre sur les Observations d'une comédie du sieur Molière ntitulée le Festin de Pierre i
LES LIBERTINS 11g
le « divertissement » et souffre du douloureux contraste que lui fait le tranquille bonheur d'autrui. Une seule religion reste au grand incrédule : le culle passionné de tout ce qui est beau. Par là encore, don Juan nous apparaît bien comme un vrai libertin du xvue siècle. « J'aime un beau jour, disait Théophile, des fontaines claires, Taspect des montagnes, l'étendue d'une grande plaine, de belles forêts, l'Océan, ses vagues, son calme, ses rivages; j'aime encore tout ce qui touche plus particulièrement les sens, la musique, les fleurs, les beaux babils, les beaux chevaux, les bonnes odeurs, la bonne chère *. » Et le bonhomme des Yvelaux : « Si c'est un vice d'aimer la musique, la poésie, la peinture et l'architecture...., j'avoue que je suis le plus blâmable des hommes '. » On suspectait ce dilettantisme épicurien et ces voluptés trop exquises, les plus raffinées de toutes, peutêtre les plus dangereuses. Nous savons les méfiances de Malebranche pour ces émotions esthétiques qui parlent trop aux sens et à l'imagination. L'art au xvn° siècle, pour être admis, se fait presque toujours grave et religieux. Mais avec les Théophile et les Vauquelin, don Juan a gardé, au fond de l'àme, comme une tradition du xvie siècle, je ne sais quel instinct de dévotion païenne, a La beauté, dit-il, me ravit partout où je la trouve, b II ne sait pas lui résister, il « cède facilement à cette douce violence dont elle nous entraîne » ; il ne peut « refuser son cœur à tout ce qu'il voit d'aimable ' ».
Voilà la poésie du libertinage. La prose n'est pas loin, et Molière ne l'a pas oubliée. « L'hypocrisie est un vice à la mode. » — Don Juan se fait h)q)ocrite. « Monsieur, lui dit son valet, quel diable de style prenez- vous là? Cela est bien pis que le reste, et je vous aimais bien mieux encore comme