‹ OEuvres posthumes: essais et poèsiesChapitre 94 sur 165 · Lettre à son frère · texte numérisé non relu

Lettre à son frère

3* Acte I, scène m

VOUS étiez auparavant \ » Sganarelle a raison. Mais cette dernière transformation du héros n'a rien d'arbitraire. Molière ne Ta pas inventée. Elle correspond à un élal bien réel de la société française. Le xvii° siècle, ou du moins un certain xvii^ siècle, fait un peu comme don Juan : libertin au premier acte, libertin et hypocrite au dernier. C'est Tépoque du Tartufe. C'est le moment où Bossuet lui-même va sentir le besoin d'attaquer à son tour les faux dévots et s'écriera du haut de sa chaire, dans un magnifique langage : « De tous les pécheurs qui se cachent, aucuns ne seront découverts avec plus de honte que les faux dévots et les hypocrites. Ce sont ceux-ci, messieurs, qui sont les plus pernicieux ennemis de Dieu, qui combattent contre lui sous ses étendards. Nul ne ravilit davantage l'honneur de la piété que l'hypocrite qui la fait -servir d'enveloppe et de couverture à sa malice. Nul ne viole la sainte majesté de Dieu d'une manière plus sacrilège que l'hypocrite qui, s'autorisant de son nom auguste, lui veut donner part à ses crimes, et le choisit pour protec* teur de ses vices ■. »

Coïncidence étrange au premier abord, naturelle au fond : l'hypocrisie et la corruption des mœurs vont grandissant ensemble à la fin du siècle. A mesure que le libertinage gagne du terrain, il sent le besoin de se mieux dissimuler. A mesure que la royale piété se rétrécit en vieillissant, elle s'impose de plus en plus h l'étiquette. On l'accepte à ce titre, en se disant qu'après tout a condamner la créance du

souverain, c'est condamner le souverain en môme temps et l'on se soumet de bonne grâce à cette « dévotion de calendrier * » qui n*est point gênante.

Quelques voix cependant, parmi les libertins eux-mêmes,

Page 1