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Sûint-Évremond, Lettre à M, Justel

4. Expression de Saint-Simon, en parlant de Philippe d'Orléans.

essayèrent de protester contre le « vice à la mode ». Madame Deshoulières, soupçonnéenon sans raison de penser librement, élève de Hesnaut *, admiratrice déclarée de Gassendi, amie du bon Chapelle, ennemie en litre du janséniste Racine et de la Phèdre chrétienne qui « vient en se confessant mourir sur le théâtre » ; esprit fort maniéré en bel esprit, chantant, elle aussi, les douceurs de « la pente naturelle » mais s^imaginant d'aller féliciter les ruisseaux qui la peuvent suivre sans remords ; sachant toutefois s'élever jusqu\à

1. Hesnaut, l'ami de Gassendi et de Chapelle, ridiculisé pour la rime au bout d'un vers de Boileau, est un poète d'un vrai mérite. On connaît surtout de lui doux sonnets, dont l'un peut passer pour un acte de courage. Ses sentiments libertins n'étaient un mystère pour personne. Il a imité en fort beaux vers ua chœur de Sénëque : le choix en est très significatif. On en pourra juger par les vers suivants, qui donneront une idée du talent de Hesnaut, et peut-être aussi de son tour d'esprit.

Tout meurt eu nous quand nous mourons.

La mort ne laisse rien, et n'est rien elle-même ;

Du peu de temps que nous durons

Ce n'est que le moment extrême.

Cesse de craindre ou d'espérer

Cet avenir qui la doit suivre.

Que la peur d'être éteint, que l'espoir dé revivre, Dans ce sombre avenir cessent de t'égarer.

L'état dont la mort est suivie Est semblable à l'état qui précède la vie.

Nous sommes dévorés du temps.

La nature au chaos sans cesse nous rappelle :

Elle entretient à nos dépens

Sa vicissitude éternelle.

Comme elle nous a tout donné,

Elle aussi reprend tout notre être ; Le malheur do mourir égale l'heur de naître, Et l'homme meurt entier comme entier il est né.

{Œuvres diverses contenant la Consolation à Olimpe sur la mort d'Alciînédoni V Imitation de quelques chœurs de Sénecque te Tragique, Lettres en vers et en prose, le Bail d*un Cœur, divers sonnets et autres pièces, par le sieur D. H***, chez Barbin, 1670.)

Hesnaut, d'ailleurs, « fit une fin » et, sur l'ordre de son confesseur, brûla une traduction de Lucrèce qu'il avait entreprise.

Téloquence dans Pexpression des idées libertines, quand elle songe au moment où il faudra

... Reporter la vie infortunée Que le hasard nous a donnée Dans le sein du néant dont nous sommes sortis.

Mme Deshoulières s'émut à la fin de sa vie contre les dehors plâtrés de la religion officielle; et, sur ce sujet, écrivit au père de La Chaise une « épilre chagrine » qui, de fort loin, peut rappeler la Macette ou le Tartufe.

Un bon apôtre l'engage à entrer dans la cabale. Ellese récrie.

Moi, dévote! qui, moi? m'écriai-je à mon tour L*esprit blessé d'un terme employé d'ordinaire Lorsque d'un hypocrite on parle avec détour.

Mais Thonnéte homme insiste : Il lui représente

Que chez les dévots, biens, honneurs, tout abonde, Que la mode est pour eux, et peut durer longtemps. Taisez-vous, scélérat, m'écriai-je irritée.

Tout commerce est fini pour jamais entre nous;

J'en aurais avec un athée

Mille fois plutôt qu'avec vous!

Mme Deshoulières se donne ici le beau rôle, et insiste sur les dangers où elle s'expose. « Songez bien », se fait-elle dire,

Songez bien contre vous quelles gens vous mettez I Ils vous peindront au roi comme une libertine.

Après tout, serait-ce une calomnie *? On n'en sait trop rien. Mme Deshoulières attaque bien tous les faux dévots :

1. Sainte-Reuve, dans une note de son Port-Royal^ nous conte que Mme Deshoulières oublia de faire baptiser sa fllle, et ne s'en souvint qu'au moment de la révocation de l'édit de Nantes, c'est-à-dire quand la jeune personne avait vingt-neuf ans. — Le fait ne parait pas bien assuré. Nous n'avons pu le vérifier.

c'est une manière comme une autre, et meilleure qu'une autre de se faire compter au nombre des vrais. L'hypocrisie est là quintessenciée : le diable au fond n'y a rien perdu.

Encore l'hypocrisie est-elle, comme on Ta dit, une sorte d'hommage du vice à la vertu. La corruption qui se cache n'est pas meilleure que celle qui se montre : et cependant, il vaut mieux qu'elle se cache. Quand le règne touche à son terme, ce dernier souci des convenances finit, lui aussi, par disparaître. <( Excepté le Roi et Monsieur, écrit la duchesse d'Orléans en 1701, personne ne sait plus ce que c'est que la politesse : les jeunes gens ne songent qu'à d'horribles débauches. » Rien de plus vrai, par malheur. C'est surtout au « Temple y» qu'il faudrait alors voir la noblesse française, chez ce duc de Vendôme, le plus cynique des hommes, perdu dans des hontes sans nom, et cependant adoré du soldat auquel il permet tout, ayant à Paris toute une cabale dévouée, qui c( fait ses manœuvres » dans les cafés * ; puissant en cour, toléré, choyé par le roi môme, qui a besoin de lui, auprès du duc et de son frère, le grand prieur César, qui a tous ses vices et pas une de ses qualités ; on regrette de trouver cet « agréable débauché de fort bonne compagnie », ce poète et ce vrai poète, l'abbé de Chaulieu. C'est par lui surtout qu'on se fait d'ordinaire une idée du Temple, et le Temple n'a point à s'en plaindre. En vérité, Chaulieu nous parle très agréablement de ces joyeux soupers, où venait, après plusieurs services, la fameuse omelette au lard qui passait pour réveiller l'appétit ; où

... L'imagination

Par ce nouveau mets excitée

De mainte nouvelle pensée

Arme la conversation.

A des maximes de sagesse,

On mêle de joyeux propos...

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