Lettre à M. le marquis de Gréqui
et républicaine *. « Vous ne voyez point de ces différences odieuses dont les houDêtes gens sont blessés; point de dignités inutiles, de rangs incommodes ; point de fâcheuses grandeurs qui gênent la liberté... Le fond deTégalité demeure toujours, malgré la puissance, et par là le crédit ne devient point insolent, la conduite jamais dure. » C*est en Hollande encore que pour la première fois il vit dans les mœurs même d'une nation cette suprême liberté, la liberté de conscience. « Les choses spirituelles sont conduites avec une pareille modération. Chacun cherche le ciel par ses voies, et ceux qu'on croit égarés, plus plaints que haïs, s'attirent une charité pure et dégagée de Tindiscrétion d'un faux zèle '. » Mais voici maintenant le revers de la médaille. Si la raison de Saint-Ëvremond est pleinement satisfaite de ce qu'il voit et de ce qu'il entend chaque jour, ses instincts de Français^ d'homme du monde, de causeur sont mis à rude épreuve. On le sent bien dans cet aveu qu'il fait à Créqui : « Comme il n'y a rien en ce monde qui ne laisse quelque chose à désirer, nous voyons moins d'honnêtes gens que d'habiles, plus de bon sens dans les affaires que de délicatesse dans les entretiens '. » Voilà pourquoi il s'est hâté de retourner en Angleterre aussitôt que Charles II lui eut offert une pension de trois cents livres. U estimait fort Vossius, Hensius ou Spinoza. Mais quoi ! Saint-Ëvremond est tout au plus un lettré, point du«tout un érudit. « S'il y a d'honnêtes gens où vous êtes, écritil au comte d'Olonne disgracié, leur conversation pourra vous consoler des commerces que vous aurez perdus *. » Les (( honnêtes gens » lui manquaient parmi les Hollandais. Sa plus grande distraction, c'était l'entretien des ambassadeurs t Aussi voyons-nous qu'il ne quitte guère Bréda pendant les