LES GÉNÉRAUX DEVANT LE GOUVERNEMENT
1° Ceux qui déclaraient avec le général Ducrot qu'après tant de luttes et tant d'épreuves, étant constaté l'état d'épuisement moral et physique des troupes, aucun grand effort militaire n'était désormais possible, et qu'en y associant la garde nationale , incapable de tenir utilement devant l'ennemi, on irait à un désastre. Mais aucun de ceux qui opinaient dans ce sens ne concluait, par la raison que l'unique conclusion logique de leurs déclarations, c'était la capitulation ;
2° Ceux qui soutenaient avec moi que la réunion des groupes les plus valides de l'armée aux groupes les mieux préparés de la garde nationale mobilisée , nous permettait de mener au combat , sur une portion du périmètre à déterminer, une armée de près de cent mille hommes ; que dans cette situation militaire relativement équilibrée, Paris ayant encore cinq semaines de vivres rationnés et les armées de province tenant toujours la campagne, nous avions le devoir étroit de tenter encore une fois la fortune des armes ;
3° Ceux (groupe formé en dehors des généraux par la plupart des membres du gouvernement) qui insistaient, en vertu d'une préoccupation très ancienne, exclusive de tout raisonnement militaire et à laquelle la population de Paris s'associait ardemment, pour qu'on perçât à tout prix les lignes allemandes.
Percer les lignes! C'était le dada des Parisiens militants. Aucun ne sj demandait ce que pourrait bien devenir, — en l'absence désormais acquise de toute armée de secours, — la portion de l'armée de Paris qui aurait franchi par impossible, après des combats meurtriers, les lignes d'investissement. La chimère de la sortie torrentielle s'associait dans quelques esprits à cette idée fixe du percement.
Je n'ai pas besoin de dire que les longs et vains débats de cette conférence gouvernementale et militaire ne pouvaient aboutir à aucun résultat pratique. L'incertitude des gouvernants et le désaccord des généraux furent après la séance ce qu'ils étaient avant.
J'avais clos la discussion en formulent sans ambages ma résolution de livrer, dès que je serais prêt, ma dernière bataille. Personne n'ayant répondu à cette déclaration finale par une négation, je me tins pour autorisé. Je fis, à dater de ce jour, de concert avec le général Clément Thomas déjà associé à mes vues, les dispositions nécessaires pour réaliser, avec ce qui me restait de troupes et avec les régiments mobilisés de la garde nationale en état de combattre, le suprême effort de Paris.