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CHAPITRE XV

LES ÉVÉlNEMENTS POLITIQUES ET MILITAIRES DE JANVIER

Du 1er au 19 janvier (bataille de Buzenval), peu de grands événements vinrent agiter Paris, mais la fermentation des esprits était telle, que nous étions chaque jour dans l'attente de l'explosion du lendemain.

Ma situation devenait intolérable, et elle s'aggravait de tous les bruits qui couraient par la ville, des victoires de Chanzy, de Faidherbe, de Bourbaki, victoires qui, hélas! ne différaient pas, quant à leurs effets sur l'inexorable marche des événements, de celles que Paris avait plus d'une fois escomptées en voyant son armée aborder fermement l'ennemi. Mais on nous jugeait, moi et les officiers généraux sous mes ordres, par comparaison avec ces prétendus victorieux, et, dans les journaux comme dans les réunions de la démagogie, on nous accablait d'injures, en me réservant les outrages.

Nombre de raisonneurs, de juges militaires improvisés, de bonnes gens inconscients des invincibles réalités de cette guerre, joignaient à ces violences leurs déclamations écrites ou parlées.

J'ai signalé l'avènement des maires de Paris. Ils étaient devenus une puissance dont M. Jules Favre (séance du gou-

vernement du 5 janvier) admettait la légitimité et V utilité, dont je disais en lui répondant (même séance) qu'elle constituait un dangereux mouvement précurseur de la Commune. Ils en vinrent, les uns à réclamer la destitution du commandant en chef de l'armée général Trochu, du commandant en chef de la garde nationale général Clément Thomas , du ministre de la guerre général Le Flô ; les autres, plus tempérés, à demander que la ville de Paris fût représentée par les maires dans les conseils qui décidaient des opérations militaires.

Sur le déclinatoire absolu que j'opposais à ces prétentions municipales, un membre du conseil exprimant qu'il ne fallait pas craindre les maires, je répondais que je ne les craignais à aucun degré , que s'il leur convenait de se présenter à mon quartier général, ils me trouveraient prêt à leur faire connaître les causes et les effets des événements d'où était sortie notre situation militaire présente, mais que je n'irais pas au delà de cette communication que je devais et faisais chaque jour aux nombreux enquêteurs que je recevais au Louvre.

Ils y vinrent , en effet , et soit que ma sincérité , soit que l'enchaînement logique des faits les eussent impressionnés, je les trouvai infiniment plus modérés que je ne m'y attendais. Il est vrai que les maires les plus notoirement anarchistes s'étaient abstenus. Malgré l'état d'excitation nerveuse apparente, mais contenue, des principaux orateurs du groupe municipal, la discussion fut très calme et nous nous séparions beaucoup plus courtoisement que je ne l'aurais cru.

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