UNE LETTRE AU GÉNÉRAL DUCROT
Une lettre au général Ducrot.
Si la population de Paris, malgré ses souffrances devenues très aiguës, était bien plus agitée que découragée, l'armée de Paris, plus cruellement éprouvée et infiniment réduite, donnait, du haut en bas, les marques d'une inquiétante lassitude. On en peut juger par l'incident suivant que fit naître celui de ses généraux qui s'était le plus honoré pendant le siège par son dévouement, ses énergiques efforts, et, je le dis en connaissance de cause, son héroïsme.
Le général Ducrot, estimant que son rôle était fini à Paris , m'avait demandé à rejoindre en ballon les armées qui combattaient en province. Je m'étais formellement opposé à ce vœu imprévu, en lui montrant que l'inexplicable disparition d'un officier général, entouré d'une très haute notoriété et de la confiance des troupes, aurait sur leur moral, déjà fort atteint, une influence funeste. Il avait paru se rendre à mon amicale admonition , mais , au fond , le général ne se rendait jamais, et il fit revivre ses vues d'abstention sous une autre forme, en des termes qu'il résuma lui-même dans son livre : la Défense de Paris, en y joignant la réponse que je lui fis. Je lui emprunte le tout en le reproduisant ici, parce que cet échange entre lui et moi , dans la crise à peu près désespérée où il se fit , caractérise l'état d'esprit où étaient, en janvier 1871, les généraux de l'armée de Paris et l'état d'esprit où j'étais moimême.
Il écrit (tome IV, page 53) :
« Depuis le 31 décembre, je m'étais abstenu de prendre « part à ces réunions (les conférences des généraux avec le « gouvernement), convaincu que j'étais de leur inutilité.
ce Voulant dégager complètement ma responsabilité ? j'avais <( adressé, le 6 janvier, au gouverneur de Paris une lettre « par laquelle je le priais instamment de me relever de mon ce commandement et de m' autoriser à rentrer dans le rang (( comme simple combattant.
« A cette demande, le général Trochu avait répondu par « la lettre suivante :
(( Paris, le 7 janvier 1871.
« Cher ami ,
ce Dans les circonstances où sont Paris et le pays, ta ce résolution ne serait pas comprise et ne pourrait être jusce tifiée. On comprend et on honore la résolution d'un comcc mandant de fort ou de navire qui, privé des moyens de ce combattre et ne pouvant plus soutenir la lutte, fait sauter « son fort ou son navire. On ne peut admettre la décision « qu'il prendrait de résigner le commandement , de se mêler ce à la foule des combattants et de subir le sort commun ce dans les rangs de cette foule.
ce Ta résolution mettrait le comble au désarroi des troupes, ce qui reste cependant au-dessous du désarroi de leurs chefs. ce Hier au soir, à la conférence du règlement des détails de ce l'opération1 avec Vinoy, Maussion a déclaré qu'il croyait ce que ses troupes ne marcheraient pas .Vinoy a naturellement <{ tout suspendu et il est venu me rendre compte à minuit.
ce Nous voilà bien loin des temps héroïques ! Non pas ce que je mette dans mon jugement une poésie qui ne serait ce guère à sa place, mais j'ai en moi des sentiments qui me ce font considérer cette défaillance des esprits comme un
1 II s'agissait de l'opération sur Versailles dont, à cette date, le point •de départ devait être le plateau de Châtillon, et qui fut remplacé par la bataille de Buzenval.