‹ Œuvres posthumes (volume 2)Chapitre 109 sur 148 · NÉGOCIATIONS A VERSAILLES · texte numérisé non relu

NÉGOCIATIONS A VERSAILLES

loir contre les « patriotes » que j'appelais les braillards de la guerre, et qui s'y montraient d'autant plus ardents qu'ils la savaient devenue plus impossible, l'urgence à présent inéluctable de la capitulation. Paris mourait de faim.

• — Il faut dire négociations pour un armistice, objectaient mes collègues.

— Oui, ce sera notre euphémisme gouvernemental visà-vis des Parisiens ; mais soyez sûrs que lorsqu'une cité renfermant deux millions et demi d'habitants , qui vont notoirement mourir de faim, entre en négociations pour un armistice , elle capitule, et capitule à merci. C'est une cruelle réalité dont il faut que nous sachions envisager les effets.

Les déclarations de la statistique officielle, très incertaines, évaluaient à huit, à dix, peut-être à douze jours, au moment où nous échangions ces explications en conseil , les moyens d'existence, — déplorable existence, — qui restaient à Paris !

J'ai consacré à M. Jules Favre, qui fut notre négociateur à Versailles, dans le rôle de victime expiatoire qu'il avait librement voulu, une notice spéciale qui me dispense d'entrer ici dans les détails fort connus et commentés contre lui avec une insigne malveillance de sa douloureuse et courageuse mission. Je crois avoir été, en cette occasion et en beaucoup d'autres, plus équitable pour lui qu'il ne l'a été pour moi au temps où nous étions en présence, et depuis. C'est la caractéristique de nos deux tempéraments.

Je me bornerai à rappeler quelques-unes des phases et des conséquences de ces négociations où j'intervins activement pour servir, autant qu'il était en moi, ceux des intérêts du moment qui, me paraissant d'importance supérieure, étaient le plus en péril.

M. Jules Favre allait partir pour Versailles. Il s'agissait de lui donner des instructions. Quelles instructions? L'armistice à régler ne devait -il comprendre que Paris et ses forts? N'était-il pas sage, même nécessaire, de l'étendre aux armées de province? Que pourraient désormais ces armées sans Paris ? Dans tous les cas , quelles conditions pourraient être consenties, quelles conditions devaient être rejetées par notre délégué ?

On croira sans peine qu'il y eut dans le conseil, où siégeaient tant d'habiles avocats, de longs débats autour de ces insolubles questions.

— A quoi, leur disais- je, vos discussions peuvent-elles aboutir? à cette attristante autant qu'inévitable formule qui résume toutes les instructions que peuvent donner, dans l'état où nous sommes, des gouvernants qu'accablent leurs incertitudes, leur perplexité et le sentiment de leur impuissance :

Faites pour le mieux, mais ne statuez pas sur le principal sans nous en avoir référé.

Ces brèves instructions, déjà de circonstance le 7 octobre précédent, M. Gambetta, partant de Paris en ballon, les avait emportées à Tours. Mais il s'abstint, sur le principal, de nous en référer, et il fît bien. Le référendum, je l'ai dit, aurait frappé d'impossibilité la Défense nationale en province.

Le général Chanzy et la continuation de la guerre en province.

Délibérant sur la question fondamentale de l'extension, au pays tout entier et à toutes les armées, des négociations qui s'ouvraient à Versailles pour Paris et pour l'armée de Paris, le conseil avait unanimement reconnu qu'il ne pouvait

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