CONTINUATION DE LA GUERRE S
statuer sans l'avis préalable et l'acquiescement des généraux en chef encore en opérations. On sait pourquoi le général Ghanzy fut le seul à se rendre à cette convocation, et quelles conséquences, expliquées dans ma notice sur M. Jules Favre, eut l'abstention forcée du général Bourbaki.
De la gare d'arrivée à Paris, le général Ghanzy venait directement au Louvre pour conférer avec moi. Après des explications, qui me parurent très sincères, sur la défaite de ses troupes au Mans, sur les effets de découragement et de dispersion qu'elle avait eus pour une part de ses effectifs, il n'hésitait pas un instant à exprimer l'opinion que l'effort de la Défense nationale en province ne pouvait pas être continué , et que par conséquent toutes les armées devaient être comprises dans l'armistice en négociation.
Pendant cet entretien, j'avais invité les membres du gouvernement à se réunir, et je leur présentais le général Chanzy, qui renouvelait devant eux ses déclarations. Elles fixèrent leurs hésitations, et le résultat de cette conférence officielle fut la résolution de comprendre toutes les armées dans les négociations en cours.
Immédiatement après, j'avais avec le général un autre échange de vues, d'un caractère exclusivement militaire. Il s'agissait d'envisager le cas où seraient rompues les négociations pour les armées de province, dont le sort n'était pas lié, comme celui de l'armée de Paris, au sort de la capitale affamée.
Il fut entendu que, cette éventualité se présentant, l'armée de la Loire prendrait la position stratégique suivante :
« Sa gauche vers Bordeaux pour assurer ses communica- « tions avec la mer; son centre adossé aux montagnes de « l'Auvergne ; sa droite s'étendant dans la direction de « Lyon. L'ensemble formerait une ligne défensive oblique « contre l'invasion du sud, ligne qui serait prolongée vers
« l'est par l'armée du général Bourbaki. Le service en serait « fait par le chemin de fer de Bordeaux à Lyon, et de Lyon « aux Alpes. »
Par ces échanges très courts, mais caractéristiques, que le gouvernement avait eus, que j'avais eus moi-même à Paris avec le général Ghanzy, on jugera que je n'avais pas été préparé à le voir voter plus tard à Bordeaux, avec quelques rares adhérents, la continuation de la guerre. L'armée du général Bourbaki avait cherché, après sa désorganisation , un refuge en Suisse ; celle du général Ghanzy avait perdu toute cohésion ; il n'y avait plus , en fait , de défense nationale, et pour le pays la continuation de la guerre c'était la destruction pièce à pièce.
Le général Ghanzy , votant pour la guerre , était absolument assuré de n'être pas pris au mot. Il achetait par conséquent à bon compte la gloire de s'entendre dire, jusqu'à la fin de sa vie , qu'il avait été , entre nous tous , le dernier à désespérer des destinées de la patrie. Depuis bien longtemps d'ailleurs, et de bon cœur, je lui ai pardonné cet écart, m'associant à tous les regrets que sa mort prématurée a provoqués dans le pays. J'ai tant de fois constaté, au cours d'une longue carrière, que la France, qui a la richesse des talents , a l'indigence absolue des caractères !
M. Jules Favre a Versailles,
M. Jules Favre traitait à Versailles, muni d'un pouvoir ad référendum, signé de tous les membres du gouvernement. S'il n'y était pas à l'aise , nous étions aux prises dans Paris avec de grands périls. Le volcan populaire grondait partout, et il entrait çà et là en éruption. De notre armée