‹ Œuvres posthumes (volume 2)Chapitre 111 sur 148 · M. JULES FAVRE A VERSAILLES · texte numérisé non relu

M. JULES FAVRE A VERSAILLES

de siège, les habitudes de discipline relative disparaissaient graduellement. Des soldats, des marins, entraînés par la démagogie, manifestaient avec elle dans la rue. Qu'adviendrait-il de Paris si, conformément aux usages de la guerre, l'une des conditions de la capitulation était le désarmement général et absolu des troupes ?

C'est obsédé par de tels soucis que j'adressais à M. Jules Favre, pour être mise sous les yeux des négociateurs allemands, la lettre qui suit :

« Paris, 27 janvier 1871.

(( Mon cher collègue,

« Nous sommes en présence du problème le plus doulou- « reux pour nous, le plus redoutable pour tous. Il touche a à des questions qui assurément nous accablent, mais « qui intéressent aussi à un haut degré l'armée allemande a et les vues politiques de l'Allemagne quelles qu'elles « soient.

ce L'agitation des esprits dans Paris, à l'annonce des néa gociations, les protestations de la marine et de l'armée, a qui se produisent sur quelques points et qui se font jour « dans la presse, disent assez en face de quels périls va se a trouver la convention qui se discute à Versailles, périls ce sociaux, périls politiques, et nous verrons peut-être la « solution de ces grands intérêts tout à coup remise aux « foules pour le présent et pour l'avenir !

« Je me persuade que M. le comte de Bismarck et les <r chefs de l'armée allemande se rendront compte de cette « terrible situation. J'estime que le plus gros de ces périls « pourrait être écarté , si le statu quo était maintenu pour « la garnison de Paris et pour celle des forts, c'est-à-dire

(( si elles conservaient leurs armes et concouraient avec la « garde nationale au maintien de la paix publique , disposiez tion qui paraîtrait d'ailleurs propre à apaiser les esprits. ce Nos adversaires méconnaîtraient mon caractère et mes « intentions, s'ils croyaient que j'insiste ici pour obtenir (( ce qu'on appelle « des conditions meilleures » . C'est dans « un sentiment profond des catastrophes que tout notre « patriotisme et toute notre fermeté ne pourraient conju- « rer, que je vous adresse ces réflexions à la dernière

« heure.

« Général Trochu. »

Par cette lettre, expression sincère de mes cruels soucis du moment, on voit que j'avais comme le pressentiment du criminel soulèvement qui ne devait se produire qu'à six semaines de là dans Paris, et qui, à l'heure présente, aurait mis fin aux négociations en livrant la France à l'ennemi par l'anarchie.

Fut-elle prise en considération par les Allemands ? Je ne sais. Peut-être contribua-t-elle à nous faire obtenir d'eux la concession de haute importance, bien que plus restreinte que celle que je demandais , de laisser en armes dans Paris une division tout entière (qui fut celle du général Farron, l'un des plus énergiques officiers du siège) et tous les corps de gendarmerie (garde municipale et légion de gendarmerie de la Seine).

En général , les Allemands , dans leurs échanges avec nous, produisaient d'abord des exigences énormes, pour se rabattre sur des exigences encore dures, mais bien moins dures; c'était leur manière de faire preuve de modération. Je viens de rappeler la profitable concession qu'ils nous avaient faite pour le désarmement des troupes. Encore plus grande fut celle qu'ils avaient consentie pour la contribution

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