M. JULES FAVRE A VERSAILLES
de guerre de la ville de Paris, fixée à un milliard, réduite à deux cents millions.
Je ne m'arrêterai pas longtemps à la querelle ridicule qu'au sujet du désarmement de la garde nationale, la commission d'enquête fit à M. Jules Favre et qu'il se fit, dit-on, à lui-même, en demandant du haut de la tribune pardon à Dieu et aux hommes d'avoir voulu que ce désarmement n'eût pas lieu.
Déposant devant cette commission qui s'acharnait sur co grief, j'avais cherché à lui faire comprendre que ni M. de Bismarck, ni M. Jules Favre, ni personne, n'auraient pu faire que le désarmement de la garde nationale de Paris s'opérât effectivement ; qu'on désarme des troupes qui sont réunies , casernées ; qu'on ne peut pas désarmer des centaines de mille hommes répandus, chacun avec ses armes, dans toutes les maisons d'une grande capitale, et qu'à cette besogne la totalité de l'armée d'invasion n'aurait pas suffi.
C'est elle qu'il en fallait charger, me dit l'un des membres ultra- conservateurs de cet étrange tribunal parlementaire1.
Voilà où en étaient les sentiments de dignité patriotique chez plusieurs de ces juges, dominés par les passions de la croisade exclusivement politique qu'à la suite de M. Daru ils menaient contre le gouvernement de la Défense nationale et la république.
1 Procès -verbaux sténographiés de la commission d'enquête.
Le bombardement pendant les négociations.
J'ai dit qu'au cours des négociations qui étaient pour les Allemands , après plus de quatre mois de siège , la marque de notre épuisement et le gage de la cessation forcée de la lutte, ils avaient continué le bombardement. Ils en avaient même, à certains moments, redoublé l'activité, et nous comptions une moyenne de dix tués ou blessés par jour. Du 26 au 27 janvier, — à la veille de la signature de l'armistice du 28 , — de sept à onze heures du soir, les quartiers de Montparnasse, Luxembourg, Panthéon, Val-de* Grâce, Grenelle, Montrouge, avaient vu pleuvoir les obus et l'incendie s'allumer sur divers points. Enfin le 28, — jour de la signature, — la ville de Saint-Cloud était en feu.
Ces faits sont caractéristiques. Non pas caractéristiques « de la barbarie des Allemands », comme nous disons en France avec plus de colère que de justesse, mais caractéristiques de la différence de tempérament des deux nations.
En France (je ne remonte pas dans l'histoire moderne jusqu'à nos incendies du Palatinat), il nous plaît d'oublier les sévices dont nos soldats, de 1805 à 1813, ont laissé le souvenir en Allemagne. Là, généralement, c'était de soldats français tombés dans le relâchement disciplinaire, des fricoteurs, comme les appelait le maréchal Bugeaud qui les avait vus à l'œuvre, que venait l'oppression du pays. Elle venait, dans la France envahie, du commandement allemand qui, jugeant une exécution utile et nécessaire, y procédait inflexiblement et méthodiquement par des ordres auxquels des soldats merveilleusement disciplinés donnaient la suite voulue.
En ce qui concerne Paris , il avait admis , — se trompant absolument, comme je l'ai démontré, — que pour accélérer