‹ Œuvres posthumes (volume 2)Chapitre 113 sur 148 · L'INCARTADE DE M. GAMBETTA · texte numérisé non relu

L'INCARTADE DE M. GAMBETTA

les négociations et la reddition, le bombardement était un argument topique. Nous, mis à la place des Allemands, nous l'aurions discontinué, les négociations ouvertes. Eux l'activaient.

Les événements politiques et militaires de février. — L'incartade de M. Gambetta.

Un événement se préparait , qui allait prendre place parmi les plus considérables de cette période du siège et faire, — c'est au moins mon sentiment, — beaucoup d'honneur à la clairvoyance , au libéralisme , à la fermeté du gouvernement de la Défense. Cet événement est peut-être le seul, de tous ceux auxquels j'ai dû participer pendant le cours de ma présidence, sur le terrain politique, qui m'ait laissé des souvenirs exempts de mécontentement et de regrets.

C'est de Paris qu'au sujet de nos efforts pour la fin de la guerre nous attendions la révolte, c'est de Bordeaux qu'elle nous vint.

Le midi de la France n'avait pas été, comme le nord, épuisé par les luttes , par les souffrances de l'invasion , et ce milieu semblait favorable aux vues généreuses, mais folles, de M. Gambetta, qui rêvait la continuation de la guerre à outrance.

La reddition de Paris l'avait mis hors de lui. Recevant du gouvernement la notification de l'armistice, avec l'ordre d'en transmettre l'avis et d'en faire connaître les conditions à toutes les armées et à tous les départements, il n'avait pas pu se dispenser de l'exécuter. Mais, recevant en même temps le décret qui statuait sur toutes les questions relatives à l'élection d'une Assemblée nationale et à sa convocation à Bordeaux, il y répondait plus que hardiment par uli

décret complémentaire plus qu'imprévu. Ce décret frappait d'inéligibilité , comme on sait, de nombreuses catégories de citoyens jugés compromis par suite des positions qu'ils avaient occupées ou du rôle qu'ils avaient joué au temps de l'empire.

Parmi nous , ce fut une stupeur. Son effet , contrairement à ce qu'on aurait pu attendre d'un gouvernement constitué comme le nôtre, fut de réunir les républicains, les plus et les moins avancés, aux conservateurs (les généraux Le Flô et Trochu), dans un commun sentiment de réprobation indignée. Pour en avoir l'explication, il faut considérer que la république , jusque-là presque exclusivement militante devant l'invasion, n'avait pas habitué les esprits autant qu'ils le sont aujourd'hui à son système de gouvernement par épuration. Cette épuration du suffrage universel, — à laquelle on peut croire que les esprits de nos successeurs devront s'habituer, — parut, en 1871, un attentat.

De ces vives impressions sortit une proclamation (4 février 1871) portant décret d'annulation de cet acte si dangereux et si osé de notre délégation provinciale, signée par tous les membres du gouvernement et par tous les ministres. Son texte était en quelques points une charte de libéralisme moderne en matière d'élection et du respect du droit. Elle aurait mérité au gouvernement de la Défense, dans des temps d'impartialité, le pardon des erreurs et des fautes qu'il avait commises pendant le cours de sa redoutable gestion.

Je ne referai pas l'histoire de la mission de notre collègue M. Jules Simon à Bordeaux. Il n'avait pas seulement de pleins pouvoirs pour agir dans le sens du redressement que nous poursuivions. Nous l'avions muni, par surcroît, d'une cédule qui, le mettant en demeure et en mesure de briser

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