LA RÉPONSE DU COMTE DE BISMARCK
« nous aurait fait une position fausse et désavantageuse. (( Ces considérations et les intérêts que je représente me « faisaient un devoir impérieux de manifester hautement et « sans délai le point de vue du gouvernement allemand <r relativement à l'armistice et aux stipulations qui en font <r partie , en lui donnant la même publicité que M. Gambetta <L avait donnée à sa résistance.
« Je conserve volontiers l'espoir de voir réussir les efforts « du gouvernement de la Défense nationale pour amener la « paix et faciliter aux gouvernements allemands l'abstention <r de toute ingérence dans les questions se rattachant à la « politique intérieure de la France.
(( Je vous prie, général, d'agréer l'expression de ma
« haute considération.
ce V. Bismarck. t>
Je ne ferai suivre cette réponse du chancelier que d'un très court commentaire :
Personne ne méconnaîtra que j'étais absolument fondé à lui adresser mon attristée et très vive protestation. Je reconnus autrefois in petto, je reconnais encore à présent, qu'il y répondait par de bonnes raisons.
Il est sûr qu'il ne lui était pas possible de prévoir quelle serait l'attitude de la majorité des membres du gouvernement devant la prise d'armes de M. Gambetta, puisque je ne fus moi-même pleinement rassuré sur cette attitude que lorsque je vis l'unanimité du conseil résolue à s'associer aux mesures de répression proposées.
J'ajoute que le comte de Bismarck en écrivant que « les « événements avaient affaibli l'autorité du gouvernement « de la Défense, et de tout autre gouvernement que la France « pourrait se donner », exprimait une opinion que j'avais moi-même, que j'ai gardée, et qui n'a été que trop justifiée
par l'instabilité gouvernementale dont nous sommes depuis dix-sept ans les témoins affligés.
Un rêve.
Je ne veux pas me séparer du comte de Bismarck (celui du siège de Paris), depuis longtemps prince de Bismarck, et qui est aujourd'hui la personnalité la plus en vue du monde contemporain, de qui d'ailleurs je n'ai pas l'honneur d'être connu, sans dire mon sentiment sur l'homme et sur son œuvre.
J'admire sans aucune restriction l'habileté, la persévérance, la fermeté des résolutions qu'il a mises au service de son pays. C'est un homme d'Etat transcendant. Je ne crois pas que la puissance de ses facultés morales soit à la hauteur de la puissance de ses vues politiques, et je fais à son sujet le rêve que voici :
La France est vaincue, désorganisée, ruinée. Elle est à la merci de la Prusse comme, en 1807, la Prusse avait été à la merci de la France, qui fut si cruellement punie, en 1815, de l'abus qu'elle avait fait de sa victoire. Le comte de Bismarck dit à son souverain :
ce Accablez la France de contributions de guerre; mais, « fidèle à la solennelle déclaration par laquelle vous avez <r dit au monde que, provoqué, vous alliez faire la guerre « au gouvernement de la France, non à la nation française, « respectez son intégrité territoriale.
« Restez dans le rôle du justicier, répudiez le rôle du « conquérant. Ce sera dans l'histoire des guerres un exemple ce unique et du plus haut enseignement pour les gouvernece ments et pour les nations. Seul entre tous les victorieux ce connus, vous aurez librement limité vous-même les droits