‹ Œuvres posthumes (volume 2)Chapitre 116 sur 148 · CONDITIONS DE L'ARMISTICE · texte numérisé non relu

CONDITIONS DE L'ARMISTICE

« de la victoire et vous aurez fondé , par l'autorité morale , ce la grandeur, déjà fondée par les armes, de votre pays.

ce La Prusse deviendra l'arbitre de l'Europe. Désarmée « par tant de modération, la France s'inclinera, et les <r peuples, affamés de paix, béniront votre nom. »

La Prusse a saisi nos provinces. Démesurément étendue aujourd'hui, elle reste le grand et permanent souci de l'Europe tout entière sous les armes et ruinée par les armes, avant le choc effroyable où périront des millions d'hommes et sans doute l'existence de plusieurs nations.

Si le prince de Bismarck avait réalisé mon rêve , il serait un grand homme aujourd'hui, peut-être l'un des plus grands parmi ceux qui ont un nom dans l'histoire de tous les temps. Il aurait ouvert à la civilisation moderne des voies nouvelles.

Je ne puis, à présent, le juger que comme le comte de Maistre jugeait le roi Frédéric II: C'est un grand Prussien.

Violente application par les Allemands des conditions de l'armistice.

La fin de janvier et le mois de février devaient être la période la plus remplie d'amertume, la plus cruelle de ma vie. Pourtant, je l'ai dit et je le redirai peut-être encore, je croyais être préparé à tout depuis Sedan et la révolution du 4 septembre; je me trompais.

Je n'étais pas préparé à voir les violences et les calomnies des partis, — radicaux et conservateurs, — arracher à la Défense nationale le seul bénéfice qu'elle pût, avec le

pays, retirer d'une lutte sans espoir, le bénéfice de l'honneur national survivant à la ruine.

Je n'étais pas préparé à voir la dureté, l'âpreté avec lesquelles les vainqueurs allaient appliquer aux vaincus les conventions de l'armistice.

De toutes parts m'arrivaient des plaintes, des réclamations, des cris de détresse, qui m'étaient d'autant plus douloureux que j'étais pénétré de l'impuissance du gouvernement républicain à obtenir des autorités allemandes des redressements ou des adoucissements.

Sous ma signature, j'avais remis à M. Jules Favre, pour être lue à Versailles , dès que les effets de l'armistice nous avaient été révélés , une note officielle , qui énumérait et justifiait tous nos griefs. — Griefs relatifs à la délimitation des zones à occuper ou à neutraliser, à laquelle les chefs militaires allemands procédaient arbitrairement, et en ne comptant qu'avec leurs intérêts. — Griefs relatifs à des interdictions prononcées dans les départements de la Côted'Or, du Doubs, du Jura, qui semblaient continuer, pour cette région, l'inexplicable ajournement admis par les Allemands des effets de l'armistice. — Griefs relatifs à l'énormité des contributions de guerre exigées des départements, des communes , des villes , dépassant leurs revenus de plusieurs années, avec menaces d'exécution militaire en certains cas prévus, circonstance qui maintenait en réalité, au cours de l'armistice, l'état de guerre.

On a vu que, pour un ordre particulier de plaintes que nous avions à former contre M. le comte de Bismarck, je les avais portées à lui-même, en me substituant, par une démarche personnelle, au gouvernement républicain.

En vue d'obtenir satisfaction, au moins satisfaction partielle, pour les griefs généraux infiniment graves que je viens d'énumérer, je résolus de me substituer encore une

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