‹ Œuvres posthumes (volume 2)Chapitre 117 sur 148 · CONDITIONS DE L'ARMISTICE · texte numérisé non relu

CONDITIONS DE L'ARMISTICE

fois au gouvernement, par un intermédiaire, auprès du souverain lui-même, le roi Guillaume. L'entreprise était très irrégulière comme la précédente; mais, outre qu'elle était secrète et m'était entièrement personnelle, son but m'amnistiait.

Cet intermédiaire était l'un des aides de camp les plus considérables et les plus considérés du roi, le prince Antoine Radziwill. Je le connaissais et j'avais l'honneur d'être connu de lui. Je le savais plein de loyauté, de droiture. J'avais des raisons de croire qu'il avait pour moi des sentiments d'estime et de sympathie.

Dévoué à son souverain, dévoué à son pays, le prince était lié au nôtre par de chers intérêts , par la situation que lui avait faite son mariage avec une Française de la plus haute distinction. Et cette Française était la fille de Mme la marquise de Castellane, l'une des plus grandes et des plus saintes femmes de ce temps, qui d'ancienne date m'honorait d'une amitié dont les marques me comblent encore aujourd'hui dans mon obscure retraite de Touraine.

C'est au prince Radziwill que je m'ouvris de mes chagrins patriotiques, en lui demandant immédiatement après l'armistice d'intervenir pour le soulagement des misères de Paris et de sa banlieue ; en lui demandant dans une seconde lettre d'intervenir pour le redressement de nos griefs généraux, et pour le soulagement de l'oppression financière dont étaient menacés les départements occupés. Je reproduis ici cette correspondance.

Ma première lettre au prince Hadziwill.

« Paris, le 2 février, 1871 (après la reddition de Paria)

cr Mon cher prince,

Vous ne serez pas surpris qu'au milieu des désastres ce dont je suis le témoin et des impressions douloureuses <r dont mon âme est remplie, je vous adresse un souvenir. ce Peut-être ma position officielle devrait-elle m/interdire de a tels épanchements; mais, outre qu'ils ont un caractère a absolument privé, ils ont pour but de servir de si chers <l intérêts , que je ne crois pas devoir me laisser arrêter par <l les considérations ordinaires.

« Mon pays ne se relèvera désormais que par la restau- (( ration de la discipline sociale que tant de révolutions en « sens divers ont détruite. Dans Paris investi et affamé a l'exemple en est frappant, et si nous ne parvenons pas à a faire revivre une partie des forces morales et conservaa triées qui défendent les foules contre le désordre et <r l'anarchie, tout sera perdu. Il y a ici, en particulier, une « énorme agglomération de soldats livrés à tous les contacts, <à à toutes les oisivetés, que les liens de la discipline ne a contiendront pas longtemps. Tous les excès deviendront ce possibles, et, à côté de ces périls, il y en a d'autres qui « ne tarderont pas à se montrer.

« Les blessés , en très grand nombre , les malades , en a plus grand nombre encore , tous les genres d'accumula- « tions que la situation de Paris comporte, font craindre « à nos médecins de terribles épidémies, et Paris peut <r devenir, avec le temps, un redoutable foyer de contagion.

« Je n'assombris pas le tableau, sachant bien que les

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ce plus généreux sentiments ne peuvent rien contre les lois « impitoyables de la politique et de la guerre. Je vous « montre les faits tels qu'ils sont, dans un intérêt qui me ce paraît commun, à des degrés inégaux, je le reconnais, <r aux assiégeants et aux assiégés.

« Pour servir ces divers intérêts dans l'ordre moral, que « j'ai d'abord envisagé, comme dans Tordre matériel, il ce y a d'importantes et pressantes mesures à prendre.

ce La première consisterait à renvoyer dans leurs pro~ ce vinces les gardes mobiles1. Que peut craindre la Prusse « de ces troupes improvisées pour la guerre, accablées de c( fatigue , que réclament leurs familles et les travaux qui « font vivre ces familles ? Nous serions prêts à prendre a sous ce rapport, vis-à-vis des autorités allemandes, des « engagements qui lui donneraient les garanties les plus « complètes de sécurité. La même mesure serait appliquée « ultérieurement aux soldats qui, déjà libérés envers l'Etat « par leurs services antérieurs, ont été rappelés sous le <r drapeau en vertu d'une loi spéciale de guerre. Enfin, dès a. que le rétablissement des communications par voie ferrée, « — qui est d'urgence extrême, — pourra être réalisé, il ce faudrait diriger les blessés et les malades sur les hôpi a taux du dehors.

« Je recommande encore à votre sollicitude une situation <r très intéressante et très malheureuse, celle des populations « de la banlieue de Paris. Ces pauvres gens ont abandonné « leurs demeures, dévastées par la guerre, pour se réfugier « à Paris où la misère est au comble. Ils voudraient rentrer a dans leurs villages et commencer les travaux de saison qui ce leur assureraient quelques moyens d'existence pour un aveor nir prochain. Mais les troupes allemandes y sont cantonnées

4 L'armée de Paris comptait au commencement du siège plus de cent mille mobiles.

« en si grand nombre, que le retour des habitants, même <c avec la condition du partage, est à peu près impossible. « L'effectif de ces troupes pourrait sans doute être réduit, <r sans aucun dommage pour les intérêts qu'elles défendent. <r Je m'arrête ici, mon cher prince, m'excusant de vous <r avoir si longuement entretenu de nos misères. Je sais que <t vous n'y serez pas indifférent et que, sous les réserves ce que commande votre haute situation dans l'armée allées: mande, vous tiendrez compte de cet exposé et lui donce nerez la suite utile qu'il vous paraîtra comporter. Dans ce tous les cas, j'ai cru remplir un devoir en vous écrivant « cette lettre où vous retrouverez, sans que je les exprime ce ici, tous les sentiments que j'ai pour vous, et qui se ratce tachent à nos souvenirs communs.

« Général Trochu. t>

La réponse du prince Radziwill.

Devrais -je faire ici une place à la réponse du prince Radziwill, une réponse où je recevais d'un haut personnage allemand les marques de sympathie et d'estime que beaucoup de mes compatriotes ont refusées à mes efforts, que quelques-uns ont remplacées par l'injure et par la calomnie? Je me décide à la reproduire, non pour m'en faire un honneur qui ne m'importera guère quand elle sera lue, mais pour rendre à l'élévation des sentiments de mon correspondant prussien, à sa bienveillance cordiale pour la France, à la sincérité et à la justesse de ses vues, l'hommage qu'elles méritent.

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