COMMENTAIRE SUR L'ÉVACUATION DE PARIS
ressort se détend, il ne fléchit pas sous le fardeau le plus écrasant qu'aucun chef de gouvernement, en aucun temps, eut à porter :
L'anarchie en pleine possession de la capitale, formidablement armée contre une attaque dont les Allemands n'avaient pas cru pouvoir risquer l'entreprise ;
La paix à conclure avec l'ennemi en pleine possession du pays ruiné;
Des milliards à trouver pour la libération du territoire ;
Une Assemblée , divisée par d'intraitables passions politiques, à raisonner, à persuader, à associer tous les jours à l'œuvre du salut commun, alors que, pour la réaliser, la toute -puissance d'une dictature momentanée eût paru à peine suffisante aux plus hardis !
Que ceux d'entre nous dont le dévouement et les efforts ont été insultés et calomniés, écoutent les propos et lisent les écrits outrageants qui cherchent à atteindre, — après une première et courte explosion de la gratitude publique , — la mémoire de cet homme hors de pair par les services rendus en 1871. Ils seront vite consolés, et s'honoreront d'être associés par le décri à sa fortune *«
Un commentaire militaire sur l'évacuation de Paris par les troupes (18 mars 1871).
Au milieu de ces terribles événements et dans la précipitation , par conséquent dans la confusion où se lit la retraite sur Versailles du gouvernement et des troupes , d'inévi-
1 Je lis dans un journal qu'une statue de M. Thiers, faite par et pour les Provençaux ses compatriotes, reléguée dans un musée provençal, attend depuis des années l'heure de son inauguration solennelle.
On ne veut pas et, pour mieux dire, on n'ose pas aborder cette manifestation publique dont les effets sur les foules semblent et sont réellement très incertains.
tables omissions et une erreur grave furent commises. Cette erreur consistait dans l'abandon de la totalité de l'enceinte de Paris aux anarchistes insurgés.
Il faut considérer que ce qui a fait leur force, ce qui a mis ces bandes indisciplinées en mesure de résister trois mois dans Paris, c'est l'entière possession de l'enceinte. J'ai déjà dit quel imprenable front de défense, incessamment perfectionné, formidablement armé et approvisionné de munitions, en vue de l'attaque des Allemands qui ne vint pas, l'enceinte présentait. Derrière elle, les insurgés étaient chez eux, ils étaient les maîtres; elle devint même entre leurs mains une hase d'opérations d'où ils faisaient, assurés de leur retraite, d'incessantes sorties.
Il fallait qu'à tout prix, le gouvernement gardât dans Paris une sorte de pied-à-terre militaire qui, créant une lacune dans l'occupation de l'enceinte par les anarchistes, mît la place en communication constante avec le dehors. Ce pied-à-terre était tout indiqué, c'étaient les hauteurs de Passy, le triangle dont le sommet est en face du Trocadéro, et la base sur l'enceinte même, de la porte Dauphine à la porte de la Muette, comprenant avec ces deux portes de sortie les bastions 55, 56 et 57.
Le relief et l'assiette topographiques de ces hauteurs en font une position militaire défendable au moyen de barricades convenablement établies. Si la gendarmerie de la Seine , la garde républicaine , les compagnies de génie organisées pendant le siège , les gardiens de la paix constitués en bataillons qui s'étaient montrés solides devant l'ennemi, soutenus par l'infanterie de ligne et par l'artillerie , avaient été chargés de cette défense, tous les efforts des insurgés, bien plus bruyants qu'osés, auraient échoué devant cette forteresse improvisée.
Les troupes , assurées dans tous les cas de* leur retraite