ENCORE LA POLITIQUE
sur le mont Valérien et sur Versailles, auraient combattu là avec beaucoup plus de confiance que perdues dans les rues de Paris et enveloppées par la foule. A Versailles et dans Paris on aurait eu le temps de se reconnaître. Le gouvernement aurait été en mesure d'agir sur Paris, où ses adhérents, formant la presque totalité de la population, seraient revenus à l'équilibre. Enfin, les bataillons de la garde nationale qui, pendant le siège, s'étaient montrés dévoués à l'ordre, seraient certainement sortis de leur torpeur en rencontrant ce point d'appui et auraient apporté leur concours aux troupes engagées.
Quand à Versailles, au cours du siège soutenu par la Commune, j'exposais discrètement ces vues et ces regrets à quelques-uns de mes plus intimes collègues, ils ne leur apparaissaient guère que comme une spéculation d'esprit après coup. Je croyais, je crois encore que ces vues étaient réalisables et que ces regrets étaient fondés. Je ne les ai rappelés ici que dans la pensée qu'ils pourraient être pris en considération par les gouvernements de l'avenir qui, accablés par les mêmes épreuves que M. Thiers, se verraient condamnés à prendre les mêmes résolutions.
Encore la politique et les généraux de la Défense nationale.
En France, dans les guerres conduites par la première république, la politique fut, autour des armées et dans les armées, l'élément prédominant, quelquefois dirigeant. La troisième république, engagée dans la guerre de la Défense nationale, ne pouvait échapper à cette tradition d'origine essentiellement démocratique.
J'ai déjà montré la rudesse avec laquelle le gouvernement délégué à Tours avait disgracié , dès les commencements de sa dictature provinciale, les généraux qu'il avait forcés à combattre l'armée allemande avec des troupes encore dépourvues de l'organisation élémentaire qu'elles eurent dans la suite, — de Polhes, de La Motte-Rouge, Fiéreck, d'Aurelles, le victorieux de Coulmiers devenu le vaincu d'Orléans. — Il va sans dire que si ces généraux avaient été républicains, la république de Tours leur aurait été clémente et les aurait amnistiés. Mais tous sans exception étaient des réactionnaires avérés , et ils ne pouvaient prétendre à être jugés équitablement, pas même à être entendus.
Au cours de cette guerre et après, le parti républicain, maître de la situation et disposant d'une presse qui dirigeait l'opinion, décidait, malgré ses revers militaires, qu'à côté des généraux disgraciés il y aurait des généraux illustrés, et le mot d'ordre donné dans ce sens formait la légende qui a prévalu. C'est ainsi que le général Chanzy, qui a eu des statues après sa mort, et le général Faidherbe, qui a la sienne de son vivant , ont atteint à la plus haute notoriété , et qu'à côté d'eux, mais à distance, quelques autres généraux, tous devenus ministres et grands personnages dans l'État, Farre, Thibaudin, etc., ont leur place dans la légende républicaine de la Défense nationale.
De cette notoriété, je n'incline pas le moins du monde à discuter ici la légitimité; mais, jugeant par comparaison, je demande pourquoi d'autres généraux, par exemple Ducrot et Bourbaki, tous les deux en possession d'une bien plus ancienne et bien plus grande renommée militaire, n'ont pas leur part dans cette étrange distribution des gloires contemporaines.
Ont-ils été moins battants à certains moments, plus battus