‹ Œuvres posthumes (volume 2)Chapitre 128 sur 148 · ENCORE LA POLITIQUE · texte numérisé non relu

ENCORE LA POLITIQUE

à d'autres moments, que leurs camarades illustrés? Les faits répondent nettement à ce point d'interrogation.

Le rôle du général Ducrot au siège de Paris a été éclatant. Gomme chef militaire, je l'ai dit, il a fait des preuves extraordinaires; comme soldat, des preuves héroïques. Avec tous les généraux de la Défense nationale, il a subi l'inexorable loi de cette guerre improvisée, en rencontrant les apparences de la victoire bientôt remplacées par les réalités de la défaite.

Le général Bourbaki, en traversant la France de l'ouest à l'est, sous les sévices de l'hiver le plus violent, avec des troupes incapables de supporter de telles épreuves, pour aboutir à la lutte de Villersexel où il devait, lui aussi, rencontrer les apparences de la victoire bientôt remplacées par les réalités de la défaite, a fait des efforts prodigieux1. La donnée stratégique en était théoriquement judicieuse, car il s'agissait d'atteindre l'ennemi sur les derrières de l'invasion. Mais la réalisation pratique de l'aventure où l'engageait le gouvernement de Tours était, avec les moyens dont il disposait et dans les conditions où il opérait , radicalement impossible.

Gomment omettre dans ce tableau, si incomplet qu'il soit, de mes revendications pour la vérité et pour la justice, le souvenir du général de Sonis, ce grand soldat chrétien dont l'admirable dévouement, la bravoure chevaleresque,

1 Je fais ici abstraction du coup de pistolet du général Bourbaki , qui l'a rendu particulièrement intéressant aux yeux de la foule. Un chef militaire qui n'associe pas étroitement son sort à celui de ses troupes, quel qu'il soit, à fortiori quand ce sort est désespéré, se laisse aller à une défaillance de caractère en se réfugiant dans le suicide.

l'esprit de sacrifice et d'abnégation, auraient fait dans d'autres temps le héros vrai de la Défense nationale?

C'est ainsi que nos officiers, de révolution en révolution, mais surtout depuis la dernière (1870), ont été graduellement amenés à considérer la politique, avec le journalisme pour auxiliaire, comme le véhicule le plus sûr de leur carrière. A présent la politique chemine activement, — avec encouragement si elle est républicaine , — dans l'armée. Elle est, sans que notre légèreté s'en émeuve, l'un des grands périls de l'avenir du pays.

Quel gouvernement pourra jamais faire revivre dans l'esprit des généraux et de leurs collaborateurs, après des années d'un tel régime, le principe :

(( Que la notoriété et les honneurs vraiment enviables « ne sont pas ceux qu'on a obtenus, mais ceux qu'on « a mérités? »

Le « boulangisme », fléau militaire corrupteur et désorganisateur qui sévit à l'heure où j'écris, a pour origine spéciale l'ensemble des faits que je viens d'exposer. Ils ont semé dans l'armée les ambitions malsaines.

Les proclamations pendant le siège.

La légende a dit et redit que j'avais conduit le siège de Paris avec des proclamations et avec des phrases.

J'ai la confiance que ceux de mes compagnons qui m'ont vu au milieu d'eux, à certaines heures critiques, ailleurs que sur le terrain des proclamations et des phrases , ont un autre sentiment.

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